Animaux et pandémies
Olivier Thomas, dans L’Histoire, mensuel 548, octobre 2026
Covid-19, Ebola, sida, grippe aviaire, peste... autant de zoonoses mortelles qui inquiètent. Mais qui en est vraiment responsable ?
La Justice, yeux bandés comme il se doit, ouvre la séance : « Monsieur, vous êtes accusé d'avoir développé un coronavirus mutant de type SRAS, aux Pays-Bas et au Danemark en juin et novembre 2021, ainsi qu'un virus de grippe hautement pathogène, H5N1, transmissible aux humains, en Espagne en janvier 2023. »
L'énumération des faits achevée, le magistrat chargé de l'accusation commence son réquisitoire. Il rappelle avec force que les coronavirus trouvés sur le corps de l'accusé ont provoqué le décès de 7 millions de personnes dans le monde. Il poursuit, indiquant que le H5N1 tue 60 % des personnes infectées. Pour ces crimes, il requiert la condamnation à mort. L'avocat de la défense ne peut se contenir. Arguant que son client n'a pas transmis ces maladies intentionnellement, qu'il a subi des mauvais traitements et qu'il est lui-même une victime, il demande la relaxe. Accusation et défense vocifèrent et s'injurient jusqu'à ce que la Justice réclame le silence. Elle invite l'accusé à venir à la barre pour s'exprimer. Un vison se présente alors pour raconter son histoire. Après avoir décimé les castors, les trappeurs d'Amérique du Nord ont commencé à chasser ses congénères pour leur fourrure. Docile, l'animal est domestiqué et des fermes d'élevage sont construites en Scandinavie à la fin du XIXe siècle puis en Russie et en Chine, aujourd'hui premier producteur de fourrure de vison. Face à la demande croissante, les conditions de vie se sont détériorées : toujours plus nombreux dans toujours moins d'espace. Une situation propice à la diffusion rapide d'une maladie si un virus apparaît.
La recherche du profit
Avec Les Animaux malades des humains, Frédérick Keck, anthropologue et philosophe au CNRS et Héloïse Chochois, dessinatrice spécialiste de la vulgarisation scientifique, proposent d'inviter le lecteur au procès des zoonoses, ces maladies infectieuses transmissibles des animaux aux humains et vice versa. Se succèdent ainsi sur le banc des accusés : la chauve-souris, le poulet, le singe, la vache, le rat. Il s'agit d'établir leur responsabilité dans les épidémies de grippe aviaire, d'Ebola, de sida, de Creutzfeldt-Jakob (maladie de la vache folle), de la peste. Des experts sont convoqués : Linfa Wang, directeur du département de virologie de l'université de Singapour, Malik Peiris, directeur du centre Pasteur de l'université de Hongkong, ou encore Jean-Denis Vigne, professeur au Museum national d'histoire naturelle. Par leurs témoignages, ils reviennent sur les origines, les apparitions et les transmissions de ces maladies. Ils pointent aussi du doigt la responsabilité humaine dans certaines d'entre elles. Notamment par profit.
Le cas de la vache folle est symptomatique. Depuis le début du XXe siècle, des éleveurs donnaient à manger à leurs bovins des farines animales (sic !). Celles-ci étaient chauffées afin d'être stérilisées. Mais pour réaliser des économies, dans les années 1990, le gouvernement britannique abaisse la température de chauffe, qui n'était plus suffisamment élevée pour neutraliser la maladie.
Cet album pédagogique, avec ses cartes et ses schémas, dresse un bilan lucide sur les conséquences des activités humaines en lien avec le vivant. Volontiers militant, il montre comment la recherche du profit - faisant fi de précautions autrefois élémentaires - conduit à des catastrophes planétaires. En ces temps complexes où il convient d'interroger la place et l'impact de l'humain dans son environnement, cette lecture s'avère plus qu'instructive
Les animaux malades des humains. Au procès des zoonoses,
Frédéric Keck, Héloïse Chochois, La Découverte-Delcourt, 2026.

































































