• Espace privé
  • Rechercher
  • Films
  • Ciné culte
marcherin.be
menu
  • Art
    • Liste des articles Arts
  • Histoire
    • Liste des articles Histoire
    • Préhistoire
  • Visites
    • Liste des articles Visites
    • Périgord
  • Sciences
    • Liste des articles Sciences
    • Cancer
    • Covid
    • MCL, PD, AD
    • Préhistoire
  • Actualités
  • Blog
  • NEW
Florence vue de la Piazzale Michelangelo
Nef centrale de la basilique San Lorenzo
Eglise des Médicis, construite par Brunelleschi. Abrite les tombeaux de plusieurs Médicis, dont Cosme l'Ancien et Laurent le Magnifique.
David, de Donatello (~1440)
au Musée du Bargello
Grotte Chauvet 2, Panneau des chevaux
Ile de Gozo - Archipel de Malte
Baie de Ramla vue de la grotte Mixta (la grotte où Calypso retint Ulysse pendant 7 ans est censée être du côté opposé de la plage)
Bastide de Montpazier
Sud du Périgord Noir entre Bergerac et Sarlat
Cloître du Cadouin
Cadouin, Périgord Noir
Carnaval de Venise 2019
Rapt de Proserpine
Rome - Galerie Borghese - Gian Lorenzo Bernini - 1621-1622
Périgord noir : Survol de Castelnaud
Vol en montgolfière au-dessus de la Dordogne - juillet 2021
Cabanes du Breuil
Saint-André d'Allas, Périgord Noir
Cloître de l'Abbaye de Fontfroide
Ancienne abbaye cistercienne de l'Aude, aujourd'hui propriété privée, lieu de spectacles, concerts et réunions
Mesquita de Cordoue
Grotte de Cussac, « le Lascaux de la gravure » env. 30000 ans avant le présent
Au Buison de Cadouin, dans le Périgord, sur la rive gauche de la Dordogne

Accueil

Détails
Mis à jour : 19 septembre 2026

Corbiere revolution amfis2021

 

Cette "conférence d'Alexis Corbière" ne défend absolument pas la Révolution française. Ce n'est qu'une harangue à la gloire, des plus discutables, de Robespierre, pour arriver, comme c'est l'habitude chez LFI, à démolir l'ensemble des autres courants politiques français de gauche. Après le début de la seconde partie de la Révolution (après le 10 août 1792) Robespierre, qui avait mis en place, ainsi que d'autres, des réformes éminemment démocratiques, est devenu un tyran sanguinaire, guillotinant tous ses opposants et a été, bien avant Bonaparte, le "fossoyeur de la République". Nous y reviendrons. Mais commençons l'analyse des propos fallacieux, des omissions très certainement volontaires, bref du révisonnisme d'un homme qui a décroché une licence d'histoire, et qui, à ce titre, devrait faire montre de rigueur absolue dans son analyse, et de surcroit citer ses sources. Rien de tout cela !

Alors, commençons par le plus énorme. À lui seul il devrait suffire à décridibiliser tout le discours de ce cuistre : à 40 min 40 sec, Corbière clame sans vergogne que le Club de l'Hôtel Massiac, qui effectivement défendait l'esclavage, était constitué des Girondins. Quelle honte ! Il n'y avait AUCUN Girondin dans ce Club Massiac. Au contraire, c'était Brissot, le chef de file des Girondins (d'ailleurs, à l'époque, on disait "les Brissotins". Il faudra attendre Lamartine au XIXe siècle pour fixer le vocable de "Girondins" dans la langue française), qui a fondé la Société des Amis des Noirs, auquel ont adhéré des anti-esclavagiqtes notoires comme l'abbé Henri Grégoire et Nicolas de Condorcet, et auquel Olympe de Gouges aurait bien voulu adhérer également si les cotisations n'étaient pas trop élevées pour sa bourse. Mais la société était ouverte aux femmes, et elle en fréquentait les membres autant que possible. Olympe de Gouges , on en reparlera ! Robespierre, lui, il faut l'admettre, n'a jamais fait partie de la Société des Amis des Noirs, bien que, c'est une évidence, il était également contre l'esclavage. Mais le défendre en trompant l'auditoire en affirmant que Brissot et Condorcet était dans l'autre camp, c'est piétiner la vérité historique. Et en outre, Condorcet contribue à la nomination des deux représentants envoyés à Saint-Domingue, Léger-Félicité Sonthonax et Étienne Polverel. Il faut lire la biographie de Condorcet par Elisabeth et Robert Badinter, les Badinter qui volaient bien plus haut que ces pitres de Corbière et de Mélenchon, qui n'ont aucun scrupule à mentir pour galvaniser leurs troupes de pieds nickelés.

Et puisqu'on a parlé d'Olympe de Gouges, Robespierre était profondément anti-féministe. Comme d'ailleurs la grande majorité des hommes politiques de l'époque. Robespierre comme le dit Corbière, était en faveur du suffrage universel. Mais du suffrage universel masculin uniquement. Condorcet également fut très tôt en faveur du suffrage universel. Mais il fut l'un des seuls a militer pour l'égalité des droits des femmes, à l'Assemblée comme à la Convention. Le Montagnard Gilbert Romme, le mentor d'Anne-Josèphe Terwagne, le fut aussi, mais il fit beaucoup moins entendre sa voix car il appartenait à une mouvance, qui sur ce point était totalement rétrograde et considérait encore que la place de la femme était au foyer. Gilbert Romme qui comme Condorcet d'ailleurs, milita pour l'instruction publique pour tous, qui ne fut pas inquiété le 9 Thermidor An II, qui sera des derniers Montagnards luttant contre la réaction thermidorienne, qui conduira à sa condamnation à mort le 29 Prairial An III (17 juin 1795) avec cinq de ses amis. Goujon et lui préféreront le suicide au poignard plutôt que l'échafaud.

Parmi les femmes révolutionnaires, Corbière en cite trois (si on excepte Charlotte Corday) : Louise Reine Audu, dite Reine Audu, la marchande de fruits et légumes des halles, qui fut une révolutionnaire combative, parmi les meneuses du peuple de Paris qui partit pour Versailles demander du pain et exiger du Roi qu'il abandonne Versailles et s'installe au Palais des Tuileries (à cette occasion d'ailleurs, l'Assemblée constituante, qui siégeait à Versailles se déplacera aussi aux Tuileries). On retrouve très probablement aussi Reine Audu parmi les insurgés qui ont pris les Tuileries d'assaut le 10 août 1792. Mais si on ne peut nier que Reine Audu fut une révolutionnaire fervente, elle ne fut jamais une militante des droits des femmes.
Il cite également Claire Lacombe et Pauline Léon. Ces femmes sont parmi celles qui ont compté dans ces années révolutionnaires. Elles participaient aux assemblées des Jacobins, assistaient fréquemment aux séances de l'Assemblée, militaient pour que les femmes puissent être armées et créèrent un des premiers clubs de femmes, la Société des républicaines révolutionnaires, qui fut dissout par la Convention, en même temps que la parution du décret interdisant toute réunions féminines, le 30 octobre 1793 (9 Brumaire An II), sur proposition du très misogyne Jean-Baptiste André Amar, Montagnard membre du Comité de sûreté générale. Pour éviter toute poursuite en cette période de Terreur pendant laquelle la bande à Robespierre guillotinait la majorité de leurs opposants politiques, elles préférèrent écrire au Comité de Salut Public qu'elles promettaient de ne plus jamais s'occuper de politique, et de bien s'occuper de leurs foyers. On n'entendit plus jamais parler d'elles.

Et Etta Palm d'Aelders, et Olympe de Gouges, et Anne-Josèphe Terwagne (affublée de ce sobriquet ridicule de Théroigne de Méricourt), elles n'ont pas existé ? N'ont-elle pas elles vraiment mouillé leurs robes pour les droits civils et politiques des femmes ? Pourquoi ne pas les citer ? Étaient-elles trop près de Condorcet ou des Girondins pour que leur évocation soit contre-productrice dans une apologie de Robespierre ? Cela saute aux yeux. C'est là encore une des évidences du révisionnisme par omission volontaire d'Alexis Corbière.
Rappelons qui elles furent et quel fut leur destin, sans vouloir refaire ici un travail biographique exhaustif, mais en citant une référence biographique parmi de nombreuses autres sur ces trois femmes illustres, honnies de Robespierre.

Etta Palm d'Aelders, citoyenne des Provinces-Unies (actuels Pays-Bas). Elle descend à Paris en 1773. Très intéressée par la politique et le rôle des femmes dans la société, c’est une membre active du Cercle Social, aussi appelé Confédération des Amis de la Vérité, le premier club politique à autoriser la pleine adhésion des femmes. Elle appelle à de vastes changements, notamment à la reconnaissance que « la justice doit être la première vertu des hommes libres et la justice demande que les loix soient communes à tous les êtres, comme l’air et le soleil ; et cependant partout, les loix sont en faveur des hommes aux dépens des femmes, parce que partout le pouvoir est en vos mains  ». En mars 1791, une section exclusivement féminine de la Confédération est créée : la Confédération des Amies de la Vérité, dont la toute première présidente élue est Etta Palm d’Aelders. La section féminine Les Amies lutte pour des causes politiques touchant les femmes françaises, notamment la suppression de la primogéniture masculine et la mise en place de mesures contre les violences conjugales, mais aussi pour des œuvres caritatives comme la fondation de nurseries et de dispensaires . En 1791, Etta Palm publie une critique de l’Assemblée Constituante au nom du Cercle Social, à la suite d’une loi proposée par le Comité constitutionnel qui interdirait aux femmes la poursuite en justice de leur mari adultérin, et permettrait la restitution de la dot au mari . Dès le début de la République, elle est de plus en plus menacée, notamment à cause de ses relations ambigües avec le Roi de Prusse et par la montée de la violence à Paris, alimentée principalement par certains parlementaires montagnards tels que Marat. Elle rentre à La Haye en octobre 1792, où elle continuera à militer pour les droits des femmes, mais ne remettra plus les pieds à Paris. (Annales historiques de la Révolution française, 2023/1 N° 411, Féminismes en Europe, Etta Palm d’Aelders et la citoyenneté transnationale, 1788-1798, Samantha Sint Nicolaas, pp 99 à 122).

Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, originaire de Montauban, où elle se marie à 17 ans avec un boucher local. Elle a un fils, Pierre Aubry, qui la reniera plus tard pour échapper à la guillotine. Son mari meurt après quelques années de mariage et elle monte à Paris. Étant vraisemblablement la fille naturelle de son précepteur et homme de lettre Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, les salons littéraires parisiens lui sont assez facilement ouverts. Elle se met à l'écriture de pièces de théâtre, dont sa première, datant de 1782, est une critique de l'esclavage des Noirs et une attaque des milieux anti-abolitionnistes, alors que le jeune Robespierre vient tout juste de décrocher son diplôme d'avocat et entre au Conseil provincial d'Artois (elle en écrira une seconde en 1790). Elle manifeste donc des idées anti-esclavagistes bien avant que Robespierre manifeste les siennes à l'Assemblée constituante en 1789.
Olympe embrasse immédiatement les idées révolutionnaire, et pendant la première phase de la Révolution, elle admire Robespierre et partage ses idées progressistes : l'abolition de l'esclavage, l'égalité des droits, le suffrage universel et (curieusement pour cet homme qui fera exécuter des hommes et femmes par centaines) l'opposition à la peine de mort. À ce titre d'ailleurs, elle affichera son opposition à l'exécution de Louis XVI, et ira même jusqu'à proposer d'assister Malesherbes dans la défense du Roi. Malesherbes, celui-là même qui, en tant que chef de la censure de Louis XV, permettra la publication de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Il finira sur l'échafaud, le 22 avril 1794, ainsi que toute sa famille, comme tous ceux qui n'avaient pas l'heur de plaire à Robespierre. Car entretemps, il y a eu le 10 août 1792, l'assaut des Tuileries et la chute de la monarchie, date qui marque le début de la seconde partie de la Révolution. Et surtout les massacres de septembre 1792, du 2 au 7 septembre, par une foule effrayée par l'avancée des troupes austro-prussienne et exaltée par quelques politiciens opportunistes pendant cette période de vide politique. Jean-Paul Marat fut le plus exécrable d'entre ces politiciens. Dès le 3 septembre il écrit qu'il faut poursuivre ces massacres, non seulement à Paris, mais aussi en province. Les nobles et le clergé emprisonnés étaient visés, mais plus de la moitié des emprisonnés étaient des droits communs, et la populace excitée ne fera pas la différence. Olympe comme bien d'autres est outrée par ces massacres. Elle surnommera Marat « l'avorton de l'humanité ». Coirbière dit dans sa harangue que Marat était journaliste. Je veux bien, moi. Il avait effectivement un journal « l'Ami du Peuple », mais de nombreux politiciens tenaient un journal. Il n'y avait pas le X d'Elon Musk à l'époque pour communiquer son avis à ses contemporains, dans la plus grande urgence et en réfléchissant après coup. Marat était médecin et se livrait à des expériences de physique. Il était en fait pas plus médecin que moi, car il a obtenu son diplôme de l'Université de Saint-Andrew en Écosse, sur simple recommendation de deux médecins écossais, sans jamais suivre aucun cours. Quant à la physique, il s'intéressait à des expériences sur l'électricité et la lumière. Benjamin Franklin, alors premier représentant diplomatique des jeunes États-Unis en France dira de lui qu'il était un asez bon expérimentateur mais qu'il était totalement incapable de tirer la moindre conclusion théorique de ses expériences. Bref, c'était un médiocre.

Mais Olympe de Gouges est avant tout connue pour s'être offusquée de la parution, au début de la Révolution, de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Pas de son contenu et de ses idées novatrices, auxquelles elle applaudissait, mais parce que ce texte excluait plus de la moitié du peuple de France. Déjà, le système de vote était encore censitaire. Mais surtout, cette déclaration ne concernait que les hommes. Les moeurs étaient ainsi. Elles le furent d'ailleurs encore pendant un siècle et demi après cette Révolution qui ne révolutionna finalement pas grand chose, quoi qu'on en dise. Les femmes étaient encore et toujours reléguées dans leur rôle de servante du foyer et dans l'enfantement de la progéniture, masculine de préférence. Des députés comme Amar, Fabre d'Églantine et même Robespierre lui-même, étaient de fieffés misogynes. Seul Condorcet militait ouvertement pour les droits civils et politiques des femmes. Mais aucun autre de ces messiurs de l'Assemblée, puis de la Convention n'approchait l'intelligence et l'ouverture d'esprit de Condorcet. Les Badinter eux ne s'y sont pas trompés. Et qu'est Mélenchon à côté des Badinter, Mélenchon dont l'étroitesse d'esprit l'empêche de comprendre le fonctionnement et l'utilité d'un vaccin ?

Olympe reprit donc point par point tous les articles de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et écrivit en parallèle la Déclaration des Doits des Femmes et de la Citoyenne. Elle l'adresse à Marie-Antoinette; nous sommes encore en 1791 sous une monarchie constitutionnelle. La Reine est encore donc la première dame de France et elle espère ainsi avoir le maximum de chances de voir son texte débattu. Il n'en sera évidemment rien. Tout au mieux sera-t-il ignoré ou voué aux risées de ces Messieurs les Représentants d'une partie du peuple. Mais au pire, il sera sujet aux quolibets et aux invectives de la populace parisienne, femmes et hommes confondus, qui la prieront de rentrer dans le rang. Il n'empêche, un siècle et demi plus tard, on l'a redécouvert, notamment grâce aux travaux de d'Olivier Blanc et de Benoite Groult, et par ce texte elle est assurément la première féministe de notre époque contemporaine. La phrase la plus audacieuse est celle de l'article 10 sur les libertés d'opinions :« La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit aussi avoir celui de monter à la Tribune ». Prémonitoire.

Olympe de Gouges ne s'est pas faite connaître uniquement pour sa Déclaration des Droits des Femmes et de la Citoyenne. Elle s'est manifestée à de très nombreuses reprises pour ses combats pour les droits des minorités, notamment par l'affichage de « plaquards », textes publics militant pour des idées ou contre des décisions de l'exécutif. On l'a dit, elle se mit à détester Marat après les massacres de septembre, elle ne cessera de protester contre l'évolution de Robespierre vers la dictature. Elle sera proche de Condorcet et de son épouse Sophie de Grouchy (soeur du futur maréchal qui s'est fait gruger à Wavre, permettant à Blücher de venir soutenir Wellington sur son flanc gauche à Waterloo). Elle soutiendra aussi Danton, car c'est réellement lui, par ses discours, qui convaincra le Comité de Salut Public de bloquer le prix denrées indispensables comme le pain. Et ce furent aussi lui et Condorcet qui tentèrent tout pour rapprocher les Montagnards et les Girondins. Condorcet avait siégé avec les Girondins, notamment parce qu'il partageait leurs idées sur le fédéralisme, mais il était par contre très réticent par rapport à la guerre. Si bien qu'il finit par siéger à part des Girondins.

Dégoutée, horrifiée par le système odieux de la Terreur instauré par le Comité de Salut Public et le Comité de Sureté Générale, emmenés par Robespierre, Saint-Just et Couthon, qui ont à leur actif des milliers de morts pour raisons politiques, Olympe estime qu'il est plus que temps de rendre la parole au peuple, et elle publie le 19 juillet 1793 le pamphlet politique « Les Trois Urnes » qu'elle fait plaquarder dans les rues de Paris. Elle propose aux citoyens de choisir entre une république une et indivisible (soutenue par les Montagnards), une république fédéraliste (soutenue par les Girondins) et pour être complète, la monarchie constitutionnelle. Hé oui, Messieurs les Censeurs, malgré l'exécution de Louis XVI, beaucoup de Français restaient encore en faveur de la monarchie, et il faut compter avec eux. La meilleure preuve est qu'au cours de la période du Directoire (1795-1799), période ultra-corrompue, où les coups d'état se succèdent, la Chambre des Cinq-Cents finira par être majoritairement monarchique. Ce qui a conduit Sieyès, alors un des cinq membres du Directoire à vouloir mettre fin au système par coup d'état. Pour se faire, il lui faudra un bras armé. Il optera pour un jeune général revenu vainqueur d'Égypte, pensant qu'il pourra ensuite facilement s'en débarasser. On connaît la suite ... Non, Bonaparte ne fut pas le fossoyeur de la Révolution. Robespierre l'a été bien avant lui.

Mais en attendant, oser suggérer un retour à la monarchie était pour le régime dictatorial en place, un crime inadmissible, mais aussi, elle devenait trop dangereuse pour le tyran. Olympe de Gouges fut rapidement arrêtée. Son procès eu lieu le 2 novembre 1793, deux jours après l'exécution de 20 Girondins, et est condamnée à mort pour délit d'opinions, au cours d'un procès expéditif sans l'assistance d'un avocat. Elle est exécutée le lendemain 3 novembre. Elle est la troisième femme guillotinée en France, après Charlotte Corday et Marie-Antoinette.

« Ces destinées étouffées, ces voix réduites au silence, ces aventures inconnues ou mort-nées, ces talents avortés, commencent aujourd’hui enfin à resurgir de l’ombre et leurs héroïnes à s’installer au Panthéon de nos gloires. Et parmi elles, une des plus oubliées et qui pourtant, plus que toute autre, mérite la reconnaissance des femmes : Olympe de Gouges. Parce qu’elle a été la première en France, en 1791, à formuler une « Déclaration des droits de la femme » qui pose dans toutes ses conséquences le principe de l’égalité des deux sexes. Parce qu’elle a été la première « féministe » à comprendre, bien avant que ces mots en -isme n’existent, que le sexisme n’était qu’une des variantes du racisme, et à s’élever à la fois contre l’oppression des femmes et contre l’esclavage des Noirs. Parce qu’elle a osé revendiquer toutes les libertés, y compris sexuelle ; réclamer le droit au divorce et à l’union libre ; défendre les filles-mères et les enfants bâtards, comprenant que la conquête des droits civiques ne serait qu’un leurre si l’on ne s’attaquait pas en même temps au droit patriarcal. Enfin parce qu’elle a payé de sa vie sa fidélité à un idéal. En lui tranchant la tête, en 1793, les révolutionnaires de la Terreur accomplissaient un acte symbolique : avec sa tête allaient tomber également ses idées féministes, ses utopies souvent prophétiques, que l’on attribuera à d’autres, et disparaître ses écrits innombrables, pièces de théâtre, mémoires, manifestes politiques, romans, détruits ou enfouis dans l’Enfer des bibliothèques, et que personne ne se souciera de publier pendant deux siècles. Selon la formule imaginée de Monique Piettre (La condition féminine à travers les âges, 1975), bien des femmes en cette fin du XVIIIe siècle étaient passées « de l’éventail à l’échafaud », mais bien peu l’avaient fait comme Olympe de Gouges, avec autant de lucidité et de passion à la fois et sans jamais rien céder sur ses principes. »
 
Benoîte Groult, Ainsi soit Olympe de Gouges: La déclaration des droits de la femme et autres textes politiques. Introduction : La Première Féministe Moderne. Grasset, 9 janvier 2013.

 

Et ma payse ? Anne-Josèphe Terwagne, affublée pour toujours en France, même par les Républicains du sobriquet de Théroigne de Méricourt ? Théroigne, va encore. Cela témoigne simplement du fait que les Français ne savent pas comment prononcer la lettre "w" et qu'il leur faut remplacer le son "wa" par "oi". Mais "de Méricourt" ? Ce sont les ultra-royalistes qui lui ont ajouté cette particule, par moquerie et par cruauté. "Méricourt" est une déformation d'une bêtise incommensurable du nom du village de Marcourt où elle est née, au sein des Ardennes belges, près de La Roche-en-Ardennes, qui faisait alors partie de la Principauté de Liège. De là viendra un de ses surnoms, "La Belle Liégeoise". Loin d'être nobles, ses parents étaient des laboureurs aisés, propriétaires de leurs terres. Anne-Josèphe nait en 1762. Elle aura deux frères cadets. Mais elle perd sa mère à l'âge de 5 ans. Elle aura une enfance très mouvementée, car son père la place d'abord à Liège chez une tante avec qui elle ne s'entend pas, puis dans un couvent, puis devient vachère à Sougné-Remouchamps, là où je passe moi-même mes mois d'hiver. Elle retourne enfin chez son père qui a déménagé dans son village natal de Xhoris, où il s'est remarié. Elle ne s'entend pas plus avec sa belle-mère qui lui fait faire tous les travaux domestiques. Elle fait enfin la connaissance à 17 ans d'une bourgeoise anversoise d'origine anglaise dont elle devient la dame de compagnie, et qui lui apprend à lire, écrire et chanter. Attirée par le chant, elle s'y essaie à Paris puis à Londres. Elle y fait la connaissance d'un jeune dandy qui lui fait une fille puis la délaisse. Sa fille mourra malheureusement en bas âge, de la variole, en 1788. Elle repart pour Paris et l'Italie, toujours dans l'espoir de devenir cantatrice, malgré ses faibles dons pour le chant. Un vieux protecteur parisien lui offrira une pension à vie qui lui procurera un certain confort par après. En Italie, elle rencontre un castrat qui prétend pouvoir parfaire son éducation musicale, ainsi que quelques hommes riches. Il faut dire qu'Anne-Josèphe est jolie et est une proie facile. Mais elle y sera contaminée par la syphilis, ce qui aura des conséquences désastreuses sur sa fin de vie. 

C'est pendant son séjour en Italie qu'elle entend parler des événements qui débutent à Paris. Immédiatement attirée par les idées nouvelles et par les idéaux de liberté et d'égalité, elle file à Versailles dès le mois d'août 1789 pour assister à tous les travaux de l'Assemblée constituante. Elle y est le 21 août quand y est lue la Déclaration des Droits. Mais contrairement à ce qui a été souvent dit, elle ne fait pas partie de la troupe de femmes qui, menées par Reine Audu, montent à Versailles les 5 et 6 septembre, et forcent Louis XVI à déménager aux Tuileries. Pendant ce temps, Anne-Josèphe assiste aux séances de l'Assemblée constituante. Son assiduité l'amènera fatalement à cotoyer des députés. Brissot, Camille Desmoulins, Sieyès seront du nombre. Ainsi que Gilbert Romme, qui se rattachera à la Montagne, mais restera un Montagnard modéré. Gilbert Romme, un érudit, un mathématicien, qui sera entre autres celui qui organisera les mois et les jours du calendrier révolutionnaire. Il l'a prendra sous son aile, elle qui ne comprend pas encore grand chose aux affaires publiques et à la politique. Il sera son mentor. Avec lui, elle crée la Société des Amis de la Loi. Comme Olympe de Gouges, Etta Palm et Condorcet, elle soutient la création de clubs mixtes. Elle devient la cible des anti-révolutionnaires royalistes, notamment du pamphlétaire François-Louis Suleau. Fin 1790, Reine Audu est arrêtée suite à la montée sur Versailles des 5 et 6 octobre 1789. Anne-Josèphe est aussi citée à comparaître, bien qu'elle n'y ait pas participé malgré la rumeur. Craignant l'arrestation, elle quitte Paris et retrouve ses Ardennes. Mais des royalistes français la dénonce aux Autrichiens, et elle est arrêtée et emprisonnée au château de Kufstein en Autriche. On la prend pour une espionne française, mais elle y a droit à un interrogatoire détaillé et des plus corrects par le conseiller De Blanc. Il apprend très vite que contrairement à ce qu'on lui a affirmé, elle est Belge et non pas Française et n'a commis aucun acte d'espionnage. En tant que Belge, elle est donc une citoyenne d'un territoire appartenant à l'Autriche. Il parle en sa faveur à l'Empereur Léopold II, lequel la libère, et en 1792, elle est de retour à Paris. Les choses ont changé durant son absence. La révolution se durcit. La Prusse et l'Autriche du nouvel empereur François Ier, fils de Léopold, menacent les frontières.

Dans sa phase hivernale de 1792, la Révolution que retrouve Théroigne n’est plus la même que celle qu’elle a quittée à l’automne 1790. Notre héroïne avait connu l’époque glorieuse de la Constituante où l’esprit des Lumières semblait à l’abri du vent de la discorde. En ce temps-là, une voix unique s’élevait contre la tyrannie pour abolir les préjugés et vaincre l’oppression. Mais en janvier 1792, la Révolution a changé de visage ; le désordre règne chez les patriotes, l’élan unitaire s’est brisé et les factions se déchirent. Jacobins contre Jacobins, robespierristes contre brissotins, Feuillants contre républicains : la patrie est en danger de guerre civile.

[...]

Dans le camp des patriotes, Brissot se fait le champion de la lutte hors des frontières. Selon lui, elle permettra de dévoiler les trahisons du roi et d’en finir avec la monarchie. Et puis, la guerre lui semble nécessaire pour étendre l’esprit de la Révolution à tous les peuples d’Europe. Le 16 décembre, dans un beau mouvement d’éloquence, il s’écrie : « Un peuple qui a conquis la liberté après dix siècles d’esclavage a besoin de guerre. Il faut la guerre pour la consolider. Il la faut pour la purger des vices du despotisme. Il la faut pour faire disparaître de son sein les hommes qui pourraient la corrompre. » Seul, Robespierre voit juste et loin. Il s’oppose farouchement à la guerre. À ses yeux, elle est néfaste sur tous les plans. La victoire conduirait la France au césarisme et la défaite rétablirait l’Ancien Régime. Dans les deux cas, la Révolution serait écrasée. Plutôt que de combattre l’ennemi à l’extérieur, Robespierre préconise la lutte contre les forces intérieures hostiles à la cause révolutionnaire.

[...]

La future Gironde est plutôt l’héritière de la ligne de Voltaire et des encyclopédistes, et c’est vers elle que se tourne Condorcet, le dernier des philosophes. D’où un féminisme plus évident qui s’accompagne de libéralisme et d’élitisme. Républicaine, la Gironde a la passion de la liberté pour laquelle elle est prête à mourir. Elle a aussi la volonté de libérer la femme de sa condition servile.

Du côté de la future Montagne, dominent plutôt un esprit rousseauiste, une conception volontariste de la politique et une sensibilité à l’égalitarisme social, qui a pour conséquence une vision de la femme marquée par le réalisme politique. Si celle-ci doit être compagne, épouse et nourricière avant d’être libre et pensante, c’est qu’elle est soupçonnée d’être restée sous l’influence des prêtres et de l’Ancien Régime. Aussi, pour la sortir de sa condition, il faut l’obliger à se fondre dans l’idéal de la Révolution. Bien entendu, tous les députés de la future Montagne ne sont pas antiféministes, de même que tous les députés de la future Gironde ne sont pas féministes. Les clivages sont souvent beaucoup plus subtils.

Il reste que l’antiféminisme de la Montagne sera exacerbé par la lutte contre la Gironde et notamment par l’attitude néfaste de Mme Roland, qui jouera en permanence le jeu de la division. À l’automne 1792, elle n’opposera que dédain à Danton quand il voudra défendre les Girondins contre l’ostracisme de Robespierre.

[...]

Anne-Josèphe Terwagne ne se contente pas d’adhérer aux thèses de Brissot, elle s’engage aussi dans le combat du féminisme. Non pour réclamer l’égalité politique comme Etta Palm, Olympe de Gouges ou Condorcet, mais pour revendiquer le droit des femmes à porter les armes contre l’ennemi de l’extérieur. Avant Pauline Léon et Claire Lacombe, qui voudront lever des bataillons féminins contre l’ennemi de l’intérieur, elle est donc la première à soulever la question des légions d’amazones, c’est-à-dire à s’inscrire dans la deuxième phase de l’histoire du féminisme originel : un féminisme « guerrier » succédant à un féminisme politique.

[...]

En même temps que se développe la lutte des clubs en faveur de l’égalité, le discours patriotique, d’inspiration rousseauiste, prend pour cible ce premier féminisme. La position la plus extrême est celle de Louis Prudhomme, fondateur du journal Les Révolutions de Paris.

[...]

Il reproche aux « bourgeoises » d’avoir mal supporté, en juillet et octobre 1789, le spectacle des têtes coupées brandies sur des têtes de piques. À ces bourgeoises, il oppose les femmes du peuple, véritables citoyennes de la mère patrie : « Les autres [les bourgeoises] ont fui ce spectacle mâle et imposant [les têtes coupées] ; leur frêle organisation n’a pu le soutenir ; des évanouissements, des maux de nerfs, des délivrances avant terme indiquèrent dès lors quelle part ces femmelettes devaient prendre par la suite à cette grande crise politique. »

[...]

Ainsi Prudhomme demande-t-il aux femmes d’être des meurtrières quand elles descendent dans la rue et des esclaves quand elles restent à la maison.

[...]

À la fin du mois de mars, la Gironde est au gouvernement avec un ministère composé de Roland à l’Intérieur, Clavière aux Finances et Dumouriez aux Affaires étrangères. Le 25, un ultimatum est adressé à l’Autriche. Ce jour-là, Théroigne se rend place Royale à la Société fraternelle des Minimes pour prononcer un long discours en faveur des légions d’amazones. Bien qu’il réclame l’apprentissage des armes par les femmes, ce discours est différent par sa tonalité de la pétition du 6 mars. Il est belliciste, soutient la thèse de l’égalité des sexes, refuse l’idée de la femme au foyer et ne demande aucune « permission » à l’autorité masculine. (texte complet)

[...]

À cette date, Théroigne de Méricourt est à l’apogée de sa gloire. Elle se livre à une propagande active dans le faubourg Saint-Antoine afin de recruter des citoyennes et de former ses bataillons. Mais, le 12 avril, survient un incident, qui marque le début de son déclin et qui est connu le lendemain au Club des Jacobins, quand le rapporteur de la séance évoque la démarche faite par une délégation de la Société des défenseurs des droits de l’homme pour dénoncer l’amazone, coupable d’avoir troublé l’ordre public: 

« La délégation accuse cette citoyenne d’avoir excité le trouble dans le faubourg Saint-Antoine en voulant réunir au club, trois fois par semaine, les femmes de ce quartier, et en les engageant à un repas ou banquet civique, entreprises à la suite desquelles, elle avait cru devoir employer, sans doute sans leur participation, les noms de MM. Robespierre, Collot d’Herbois et Santerre.»

[...]

Sept jours avant la déclaration de guerre, Théroigne est donc rejetée par les faubourgs, ignorée par Robespierre, mal défendue par Santerre et passée sous silence par Collot d’Herbois. Elle court à la catastrophe...

[...]

Deux catégories de femmes forment la population de la sans-culotterie parisienne durant l’année 1793. Les unes sont des militantes actives ou politisées, les autres appartiennent à la base où se mêlent des « mégères jacobines », des patriotes, des « flagellantes » et des « tricoteuses » ou furies de la guillotine. Claire Lacombe et Pauline Léon mènent le combat. Elles partagent à peu près les mêmes idées et sont liées au même homme, Leclerc, qui anime avec l’ancien prêtre Jacques Roux le mouvement des enragés. Claire Lacombe est d’abord sa maîtresse et Pauline Léon deviendra son épouse légitime. Toutes deux ont été, comme Théroigne, des partisanes du féminisme guerrier.

Mais, avec la crise des subsistances de ce début d'année (sucre, blé, chandelles ...), elles deviennent les organisatrices d’un féminisme populaire où se reproduit la division sociale des sexes. En effet, les militantes se veulent les gardiennes du foyer en symétrie avec leurs époux qui préservent le « dehors » du pays en combattant aux frontières. L’intervention massive de ces femmes dans les tribunes de la Convention, leur fureur antiparlementaire, leurs débordements en tout genre expliquent peut-être pourquoi les quelques Conventionnels favorables à l’égalitarisme politique renoncent bientôt à défendre leur position.

[...]

Cependant, sous l’impulsion de Pauline Léon et de Claire Lacombe se crée le deuxième club exclusivement féminin de l’époque révolutionnaire. Il prend le nom de Club des citoyennes républicaines révolutionnaires et se réunit à la bibliothèque des Jacobins. Il se fixe pour objectif de déjouer les complots des ennemis de la République.

[...]

Vers le moment où se fonde le club, Théroigne de Méricourt rédige, sans le dater, un « placard » qui sera son testament politique. Il s’agit d’un appel aux quarante-huit sections imprimé sur papier gris-bleu. Le voici dans son intégralité.

[...]

Le 13 mai, les citoyennes républicaines réclament le droit d’occuper les tribunes réservées à la Gironde. Puis, elles tentent d’interdire l’accès des lieux aux spectateurs. Deux jours plus tard, le mercredi 15 mai, vers 10 heures du matin, Théroigne se présente comme d’habitude à l’entrée de la Convention. Peut-être engage-t-elle une discussion avec les habitués du café Hotot pour défendre les Girondins ? C’est alors qu’elle est prise à partie grossièrement, traitée de brissotine et accusée de modérantisme. Comme elle se défend et menace ses adversaires, elle est saisie par des mégères jacobines qui relèvent sa jupe et la fouettent à nu devant les portes de la Convention. L’arrivée intempestive de Marat, le dieu des citoyennes, interrompt bientôt cette triste scène de flagellation. Traversant la terrasse des Feuillants, il prend Théroigne sous son bras et l’éloigne de la fureur féminine.

[...]

Après la chute de la Gironde et le geste meurtrier de Charlotte Corday, les citoyennes républicaines amplifient encore leur adoration de l’« Ami du peuple ». Le 16 juillet, jour de la pompe funèbre, elles recueillent le sang qui coule de la plaie putréfiée. Puis, elles promènent dans les rues, comme des trophées, les objets fétiches de l’acte criminel : la baignoire et la chemise ensanglantée. Le lendemain, selon un rite sexuel qui évoque les anciennes religions orientales, elles se convertissent en épouses post mortem du dieu embaumé, prêtant serment devant la Convention d’engendrer des milliers de fils à l’image de Marat.

[...]

Au milieu d’une telle folie, il n’y a pas de place pour Anne-Josèphe. Malgré ses origines, elle n’a plus rien d’une femme du peuple. Elle a échoué dans sa mobilisation des faubourgs, et même quand elle s’est mêlée à la fureur populaire, elle est restée une solitaire, une « femme à part ». Elle a le culte des idées et non pas des idoles. Affublée de sa légende et de son nom de mascarade, elle ne peut ni s’intégrer à la foule féminine qui la rejette ni soutenir les idéaux des citoyennes républicaines qu’elle ne partage pas. [...] À partir de l'été 1793, elle disparaît de l'Histoire.

[...]

L’élan de la sans-culotterie féminine, troisième étape de l’histoire du féminisme originel, prendra fin officiellement le 30 octobre 1793 avec l’interdiction des sociétés féminines.

[...]

Au moment où s’engage la phase terminale de la lutte contre le féminisme populaire, trois femmes très différentes et qui n’appartiennent pas à la sans-culotterie sont guillotinées : Marie-Antoinette, Olympe de Gouges et Mme Roland. Or Le Moniteur du 19 novembre 1793 annonce la nouvelle par un discours antiféministe d’une rare violence, comme s’il voulait donner encore plus de poids à la décision de la Convention : « En peu de temps, le tribunal révolutionnaire vient de donner aux femmes un grand exemple qui ne sera sans doute pas perdu pour elles ; car la justice, toujours impartiale, place sans cesse la leçon à côté de la sévérité. Marie-Antoinette, élevée dans une cour perfide et ambitieuse, apporta en France les vices de sa famille ; elle sacrifia son époux, ses enfants et le pays qui l’avait adoptée aux vues ambitieuses de la maison d’Autriche dont elle servait les projets, en disposant du sang, de l’argent du peuple et des secrets du gouvernement. Elle fut mauvaise mère, épouse débauchée et elle est morte chargée des imprécations de ceux dont elle avait voulu consommer la ruine. Son nom sera à jamais en horreur à la postérité. Olympe de Gouges, née avec une imagination exaltée, prit son délire pour une inspiration de la nature. Elle commença par déraisonner et finit par adopter le projet des perfides qui voulaient diviser la France ; elle voulut être homme d’État et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d’avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe. La femme Roland, bel esprit à grand projet, philosophe à petits billets, reine d’un moment, entourée d’écrivains mercenaires, à qui elle donnait des soupers, distribuait des faveurs, des places et de l’argent, fut un monstre sous tous les rapports [...] Elle était mère, mais elle avait sacrifié la nature en voulant s’élever au-dessus d’elle ; le désir d’être savante et cet oubli, toujours dangereux, finit par la faire périr sur l’échafaud. » Une débauchée, une délirante, un monstre : ces trois femmes sont moins condamnées pour leurs actions réelles que pour avoir « trahi » la prétendue nature qui les avait faites femmes, c’est-à-dire exclusivement épouses et mères. À ce jugement, Pierre Chaumette, adepte comme Prudhomme d’un anti-féminisme exalté, ajoute cette imprécation : « Rappelez-vous cette virago, cette femme-homme, l’impudente Olympe de Gouges, qui la première institua des assemblées de femmes, voulut politiquer [sic], abandonna les soins du ménage pour se mêler de la République et dont la tête a tomber [sic] sous le fer vengeur des lois. » Ironie de l’histoire, Chaumette périra sur l’échafaud entre deux femmes : la veuve Hébert et Lucile Desmoulins.

Elisabeth Roudinesco, Théroigne de Méricourt: Une femme mélancolique sous la Révolution. Préface d'Élisabeth Badinter. Albin Michel, 2010.

 

Au printemps 1794, le plus jeune frère d'Anne-Josèphe, qui s'est installé à Paris comme blanchisseur, demande sa mise sous tutelle affirmant qu'elle souffre de délire de la persécution. Vrai ou faux ? Impossible de l'affirmer. En pleine Terreur, nombreux sont ceux qui vivent dans la crainte d'être arrêtés et guillotinés sous n'importe quel prétexte. Une dénonciation d'un jaloux et une justice expéditive suffisait pour être envoyé à l'échafaud. C'était l'époque où cette révolution basculait dans la dicature, la crainte et la haine de l'autre, où plus rien n'avait de sens. Époque qui pourtant continue à être glorifiée par bon nombre de Français comme étant le début de leur glorieuse République, comme on peut par exemple l'entendre de la bouche de Corbière, qui est à l'Histoire ce que je suis moi à la lévitation transcendantale.

Mais il faut reconnaître qu'Anne-Josèphe était de plus en plus exaltée, surtout depuis son retour d'Autriche. Elle l'est quand elle prend part à l'assaut des Tuileries du 10 août 1792. Elle harangue les émeutiers, comme le fait aussi d'ailleurs la comédienne Claire Lacombe, au point de les confondre. Mais ceux qui en ont fait une icône féminine de la Révolution au XIXe siècle, Lamartine dans son Histoire des Girondins, Michelet dans son histoire de la Révolution, Jules de Goncourt, ou même Baudelaire dans ses poèmes, ont largement exagéré son offensivité. On a prétendu qu'elle avait assassiné le pamphlétaire royaliste Suleau ce jour-là. Malgré le énormités qu'il avait dit sur elle, elle le ne l'avait jamais vu. Elle ne savait pas à quoi il ressemblait. Il est certain aujourd'hui qu'elle n'a pas assassiné Suleau. Les médiocres aiment réinventer l'Histoire. Néanmoins, on voyait de plus en plus son humeur varier, passant de la passion à la mélancolie. Son frère l'a mise sous tutelle et l'a fait interner. Elle n'avait que 32 ans. C'était certainement en partie pour marquer son opposition à ses idées, et se protéger de l'arrestation, mais sans doute voyait-il aussi sa soeur décliner. On a dit que la "fessée républicaine" l'avait affectée jusqu'à la folie. Cet événement ignoble, totalement réactionnaire de la part de femmes jacobines, a sûrement joué un rôle. Mais il est probable que cette syphilis contractée une décénnie auparavant faisait progressivement son oeuvre et évoluait déjà vers la neurosyphilis.

En 1807, elle est internée à la Salpétrière. Elle n'en sortira plus, déclinant de plus en plus dans la déchéance physique. Elle y meurt en 1817, à 55 ans, après 23 ans passés à l'asile, pratiquement la moitié de sa vie.

 

Et voilà donc trois grandes révolutionnaires féministes, principalement Olympe de Gouges, complètement effacées dans l'apologie de Robespierre faite par Alexis Corbière. Très certainement parce que justement elles avaient été en désaccord avec les principaux Montagnards, Robespierre et Marat en tête. Un bon discours politique, on le sait, fait toujours abstraction des faits génants, trahit la réalité historique et noircit les opposants. C'est pourquoi j'aime l'Histoire, la vraie, celle qui analyse les faits avec objectivité. Corbière aurait ici mieux fait de ne pas préciser qu'il est historien. Il se couvre de ridicule. Mais continuons, car il y a encore beaucoup de mensonges à soulever dans sa diatribe contre les ennemis de Robespierre.

À 7 minutes 40 secondes, Corbière entame son morceau sur Secret d'Histoire (la seule émission d'Histoire du Service public dit-il). Il précise qu'elle est animée par Stéphane Bern, qu'il décrit comme sympathique au demeurant, mais qui ne cache pas qu'il est royaliste, dit-il. C'est possible. Il dit que c'est la quinzième saison de l'émission. En 2021, c'était exact. Il y a eu 145 épisodes, selon lui. Bon, on lui passera cette erreur de calcul. C'est véniel à côté du reste : au moment où il parle, il y en a eu 154. Non pas 4, mais 5 sur la Révolution française. Et sur 203 émissions au moment où j'écris ces lignes, il y en a au minimum 65 qui ne parlent pas d'une tête couronnée. Spartacus, Rodin et Camille Claudel, Molière, La Fontaine, Mata Hari, Joséphine Baker, Beethoven, Michel-Ange, Raphaël, Agatha Christie, Churchill, de Gaulle, Danton, Clémenceau, Mozart, Sarah Bernhardt, Picasso ... entre autres ! Ç a fait quand même un tiers des émissions. Et quand on retrace ne fut-ce que les 2000 ans d'histoire de notre ère, il faut bien reconnaitre qu'il y a eu beaucoup de tête couronnées. Donc 5 épisodes sur la Révolution française. L'épisode diu 14 juillet 2013 sur la Prise de la Bastille, il la passe sous silence. Charlotte Corday, la royaliste qui a tué un représentant du peuple "Vous vous rendez compte ?" (23 mars 2008), on va en reparler. "Danton, ... oui bon Danton" (14 juillet 2014), sur un ton signifiant que le choix n'était pas des plus judicieux. Ah ben oui, pas une sur Robespierre. "Les femme dans le révolution ... ça c'était plus intéressant" (12 juillet 2016). T'as raison Corbière. Oui, mais lesquelles ? Madame Tallien, Charlotte Corday, Madame Roland, Madame de Staël, et ... Olympe de Gouges et Théroigne de Méricourt. Là au moins, tu aurais pu les citer plutôt que ne citer que Charlotte Corday et celles qui ont fini par rentrer dans le rang.

Bon, revenons à Charlotte Corday. Le comble du comble est de jouer l'offusqué parce qu'elle a tué un "représentant du peuple". Un homme qui attisait la haine et incitait au massacre en septembre 1792, ne l'oublions pas. Et un gars au fond qui ajoute "Un journaliste !". Je me répète, Marat était un faux médecin et un médiocre physicien. Il était journaliste comme beaucoup d'autres parce que les réseaux sociaux n'avaient pas encore été inventés. Mais bref. Le point est que tout à ta rancoeur parce qu'elle a tué un représentant du peuple, comment, au même moment, ne penses-tu pas que Robespierre et sa clique ont fait exécuter des milliers de personnes. Dont tous les représentants du peuple qui lui tenaient tête. Les Hébertistes, les Modérés (Danton, Camille Desmoulins et son épouse, pour ne citer qu'eux) et ... 25 Brissotins, que j'appelerai "Girondins" pour éviter tout malentendu. Le 2 juin 1793, les Sans-Culottes encerclent la Convention avec leurs armes et canons. Vingt-et-un Girondins sont arretés. Quelques-uns parviennent à s'enfuir. Le 30 octobre, ils sont condamnés à mort par le Tribunal révolutionnaire et exécuté le lendemain, 31 octobre, y compris Charles Éléonor Dufriche-Valazé, qui s'était suicidé à l'annonce de la sentence, mais qu'on a guillotiné mort, pour respecter la procédure. Quatre autres le seront par la suite, lors de leur arrestation en province. Roland, Pétion, Louvet et Buzot se suicident pour échapper à l'arrestation. Tous ceux qui avaient caché des Girondins fugitifs, principalement en Gironde, sont guillotinés par familles entières.

Condorcet, le grand Condorcet, qui ne siège plus avec les Girondins, absent de la Convention le 2 juin, est d'abord épargné. Puis peu de temps après, il apprend qu'il va être arreté sous peu. On sait ce que signifie une arrestation pour un représentant du peuple : un jugement expéditif devant le Tribunal révolutionnaire et la mort. Condorcet s'enfuit et se cache pendant de longs mois. Le 25 mars 1794, il est démasqué et emprisonné à la maison d'arret de Bourg l'Égalité (le nom donné à Bourg-la-Reine sous la première république). Le lendemain, on le retrouve mort. Suicide ou assassinat ? Le doute subsiste. Il est enterré dans une fosse commune. On ne retrouvera jamais son corps. C'est un cénotaphe qui est entré au Panthéon en 1989 avec l'Abbé Grégoire et Monge.

En 1793, Charlotte Corday réside chez sa tante à Caen. D'une famille noble désargentée, elle épouse plutôt les idées républicaines, contrairement au reste de sa famille, et contrairement à ce qu'en dit Corbière. C'est à Caen qu'elle rencontre des Girondins en fuite qui lui raconte les événements de Paris. Depuis les masssacres de septembre 1792, elle a une haine profonde pour Marat, qu'elle juge, bien que la réalité soit plus complexe, responsable de la Terreur. La Terreur assassine le prêtre qui l'a baptisée, de nombreux pamphlets anti-jacobins circulent à Caen. C'est dans ce climat qu'elle décide de partir pour Paris avec la ferme intention de tuer Marat. Alors, Charlotte Corday, royaliste ou tout simplement anti-jacobine ? Je pense que dans l'esprit de Corbière, cela ne fait pas grande différence. Et l'assassinat d'un représentant du peuple. Oui, assurément. C'est criminel. Comme le furent les très nombreux crimes de Robespierre, Couthon, Saint-Just ou encore l'exécrable Amar et toute leur clique de fossoyeurs des idéaux révolutionnaires.

Une toute dernière. À 58 minutes 30 secondes, Corbière se moque de Bertrand Delanoë quand celui-ci dit que Robespierre a été la source d'inspiration des Khmers rouges. "Des Khmers rouges !" répète-t-il pour, une fois encore dénigrer un socialiste, comme la clique à Mélenchon le fait depuis 2017, en voulant ainsi faire place nette pour sa faction. Robespierre n'y est pour rien, ça oil est aisé de le reconaître puisqu'il a vécu 200 ans avant l'apparition des Khmers rouges. Mais Corbière, en bon historien, tu dois savoir que des Khmers rouges eux-mêmes qui ont fait leurs études à Paris, ont affirmé eux-mêmes qu'ils avaient tiré leur inspiration de Robespierre :

Suong Sikoeun est un ancien étudiant en géographie de l'université de la Sorbonne, devenu ensuite diplomate sous le régime khmer rouge. Dans un entretien publié dans Le Monde du 2 août 2014, il affirme que « Robespierre, c'est l'essence de l'idéologie khmère rouge ». Voici le paragraphe en question:

« En France, j'ai étudié la philosophie du siècle des Lumières et celle de la Révolution française. J'ai été fasciné par la personnalité de Robespierre. Pour moi, il incarnait l'intégrité, le courage, l'abnégation. Et Robespierre, c'est l'essence de l'idéologie khmère rouge ! Je me suis convaincu qu'il fallait se sacrifier pour le Parti, pour la révolution du peuple. Finalement, je me suis fourvoyé, j'ai été trompé par l'idéologie, mais, en tant que tel, non, je ne me suis pas trompé, j'étais sincère, je croyais aux idéaux qui ont mené à mon engagement politique. Je l'ai payé cher, sur le plan personnel.»

De nombreux Cambodgiens ont débarqué à Paris après la guerre, dont certains deviendrons de hauts dirigeants des Khmers rouges. Ceux-ci vont s'inspirer de la doctrine de Robespierre, et on peut retrouver cela à de nombreux endroits, notamment chez des historiens comme Henri Locard, ( « Les Cambodgiens sont très influencés par l’Histoire de la révolution française d’Albert Soboul. Leur plus grand héros reste Robespierre. Très vite, s’impose chez eux l’idée que le but de leur lutte est si noble qu’elle peut tolérer l’exécution d’êtres humains.»), mais tout en reconnaissant que leur idéologie de massacre de masse est davantage inspiré par la doctrine maoïste.

Donc Corbière, si c'est vrai, si c'est affirmé par d'anciens Khmers rouges eux-mêmes, pourquoi tu le nies ? Pourquoi, si cela t'embarasse, ne passes-tu pas simplement le fait sous silence ? Ceci dit, je reconnais que l'argument de Delanoë n'est pas des meilleurs. Mais il y en a tellement d'autres ! Bien sûr, Robespierre a été l'homme de beaucoup de grands principes pendant la première partie de la Révolution (avant les massacres de septembre), mais il a été un ignoble criminel par la suite. Et on ne salue pas la performance littéraire de « Voyage au bout de la nuit » quand il y a eu « Les carnets antisémites ».




Bien sûr Corbière, depuis que tu as tenu ce discours politique aux Amfis 2021, revoyant les faits historiques à ta manière, tu as toi-même été victime de la purge et de la guillotine politique de Mélenchon et de Bompard, avec Raquel Garrido, Danielle Simonnet, Hendrik Davi et Frédéric Mathieu. Clémentine Autain et François Ruffin, outrés, ont aussitôt quitté leurs bancs.

Mais quand je vois qu'aujourd'hui, il y a encore autant d'idiots qui suivent aveuglément Mélenchon, cet homme dénué de tout scrupule, qui bousille tout ce qui n'est pas dévoué au culte de sa personne, en espérant se retrouver au second tour de la future élection présidentielle face à ... Marine Lepen, je désespère de l'esprit d'humanisme de la gauche française. Elle n'a décidément toujours pas rallumé ses Lumières.

Les Mélenchonistes se revendiquent de Robespierre, un criminel de masse de son propre peuple. Et par ailleurs Mélenchon, comme Corbière, comme Coquerel et d'autres ont un passé trotskiste qu'ils sont loin de renier et dont ils assument encore l'héritage avec fierté, même s'ils ne préconisent plus la révolution permanente. Mais Trotski ? S'il était devenu le grand ennemi de Staline qui finira par le faire assassiner par ses sbires au Mexique, ne valait pas mieux que lui. Tous deux étaient d'horribles assassins de leur propre peuple. Et pour Trotski, en tant que chef de l'Armée rouge, je ne parle pas uniquement des morts parmi les opposants au bolchevisme. Je parle de ses propres troupes, faites d'un grand nombre d'ouvriers et de paysans inexpérimentés et indisciplinés, qu'il envoyait au combat d'une main de fer, exécutant par pelotons entiers ceux qui manquaient de courage, qui reculaient ou qui désertaient. Bref, lui aussi dirigeait par la Terreur. Et les militaires exécutés de l'Armée rouge furent bien plus nombreux que ceux de l'armée française de 14-18, exécutés pour désertion ou pour blessure volontaire, dont on a fait grand cas, notamment dans Les Sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick ou Un Long Dimanche de Fiançailles de Jean-Pierre Jeunet.

À juste titre d'ailleurs. Il est clair que Robert Nivelle était une ordure. Mais Robespierre et Trotski l'étaient bien plus, dans ce qui n'étaient pas des guerres mais des révolutions sanglantes. On ne peut avoir que deux excuses pour encenser ces monstres : l'ignorance ou la fougue de la jeunesse.
Moi-même, quand j'étais étudiant, j'avais, comme beaucoup d'autres, le Guerrillero Heroico, affiché au mur de ma chambre. La photo d'Ernesto Guevarra prise par Alberto Korda en 1960. Il me faudra plusieurs années pour me rendre compte qu'il était l'exécuteur des basses oeuvres de Fidel Castro, torturant et exécutant à tour de bras dans la prison de La Cabaña dont il était le commandant. Un salaud de plus ...

 


Détails
Mis à jour : 19 septembre 2026

Le 1er octobre 1949, Mao Zedong proclame la naissance de la République populaire de Chine. Même si son rival Chiang Kai-shek conserve Taïwan et représente la Chine à l'ONU, le Parti communiste domine la quasi-totalité des territoires des Qing.

Fait unique dans l'histoire mondiale, l'empire en s'effondrant ne s'est pas disloqué. Mao Zedong, maître du pays jusqu'à sa mort en 1976, établit d'emblée un régime totalitaire qui devient, avec le Grand Bond en avant et la Révolution culturelle, un des plus délirants et meurtriers du xx' siècle. Il s'agit de faire naître un monde nouveau, un homme nouveau, quel qu'en soit le prix. La terrible famine consécutive au Grand Bond cause 36 millions de morts, une saignée comparable à celle de la Première Guerre mondiale pour l'Europe. Le travail d'une nouvelle génération d'historiens chinois permet d'en prendre la mesure après des décennies de propagande, de censure et d'ignorance. Des sources nouvelles dévoilent la vie et l'action des dirigeants, un groupe stable en dépit des purges, gouvernant derrière les murs rouges du palais de la Cité interdite. Au sommet : un stratège de génie, un tyran, un bourreau de travail insomniaque, un manipulateur hors pair qui attise les intrigues de cour pour éliminer ses rivaux et conserver un pouvoir absolu.

Extrait de l'éditoral de l'Histoire, Collections de l'Histoire N°57 : La Chine 1912-2012, d'un Empire à l'autre


  • Lire en pdf

    Télécharger le pdf

     


    Détails
    Mis à jour : 2 août 2026

    ... par manque de vitamine D, remettent une déclaration d'indépendance de treize colonies britanniques, établies entre Côte Est et Monts Appalaches,  à un congrès de colons réunis à Philadelphie. Leurs noms : Benjamin Franklin, inventeur de génie autodidacte, de Pennsylvannie, John Adams, futur second président des États-Unis, du Massachussetts, Robert Livingston, de la Province de New-York, futur ambassadeur, Roger Sherman de la colonie du Connecticut, futur sénateur, et bien entendu Thomas Jefferson, avocat, propriétaire terrien et esclavagiste de Virginie, futur troisième président des États-Unis.

    Cette "déclaration" acte l'indépendance des colons anglais d'Amérique vis-à-vis du Roi d'Angleterre George III. Le projet est rédigé dès le début juin 1776 par celui d'entre eux qui a la meilleure plume, le virginien Jefferson de seulement 33 ans, homme de plume mais aussi grand orateur. Les quatre autres y apporteront quelques modifications à la fin juin, et le texte sera remis au congrès de Philadelphie le 2 juillet. Ce texte est une succession de griefs faits au roi Georges III. Notamment, Jefferson lui imputait la responsabilité de la traite des esclaves africains. Si ce n'est pas faux, il est notoire que tous les riches propriétaires terriens des colonies du sud (Virginie, les deux Carolines et Géorgie) en usaient abondamment et que tous leurs revenus provenaient du travail des esclaves. Jefferson ne critiquait d'ailleurs pas l'esclavagisme, qu'il pratiquait avec plus de deux cents esclaves dont il se déclarait propriétaire (il aura plus de 600 esclaves au cours de sa vie), mais la traite, c'est à dire la capture, le transport et la vente. C'était une critique des plus hypocrites.  Après revue, le congrès supprima certains passages, dont celui sur la traite, car il craignait le mécontentement les colonies du sud. Le Sud n'était d'ailleurs pas le seul à profiter de l'esclavage. Certaines colonies du Nord (dites de "Nouvelle-Angleterre"), ainsi que celle de New-York, achetait des esclaves pour les vendre aux planteurs du Sud.

    Car c'était bien une "déclaration" de riches bourgeois et une future guerre d'indépendance de riches bourgeois qui se dessinait là. Les "Patriotes" comme ils allaient s'auto-proclamer. Auxquels viendraient s'adjoindre, souvent contraints et forcés, les petits ouvriers et travailleurs de la terre, ne possédant presque rien, mais à qui on faisait miroiter un avenir brillant, tandis qu'ils allaient d'abord servir de chair à canon, comme dans toutes les guerres. Cet avenir brillant, ils allaient pouvoir l'obtenir, si les Patriotes gagnaient la guerre contre les Anglais et contre les Loyalistes (les colons qui ne désiraient pas l'indépendance), grâce à l'octroi de terres dont ils deviendraient propriétaires, au-delà des Appalaches. Ces terres étaient bien évidemment en territoire indien, mais qu'importe. De toutes façons, les Amérindiens sont les grands oubliés de cette "déclaration d'indépendance". Il n'en est nulle part fait mention. Pour Jefferson, de toutes façons, ce ne sont que des sauvages sanguinaires, avec lesquels il est impossible de traiter et qu'il ne faut pas hésiter à éliminer.

    Franklin et Washington pour leur part, se sont déjà fait promotteurs fonciers, et proposent déjà des terres au-delà des Appalaches, terres encore inaccessibles, et qu'ils ne sont même pas certains d'acquérir. Les Anglais ont d'ailleurs interdit toute expansion des colonies au-delà des Appalaches. Cette zone, dans l'esprit des colonisateurs du moins, appartient aux Anglais depuis la fin de la guerre de Sept Ans, qui a vu, en Amérique, la victoire des Anglais sur les Français. Ceux-ci ayant perdu le Canada (qui s'étendait principalement à l'époque de Terre Neuve au Grands Lacs, en remontant le Saint-Laurent, via Quebec et Montréal) ainsi que la partie de la Louisiane située sur la rive gauche du Mississipi, c'est à dire à l'est de celui-ci, au profit de l'Angleterre, et la Nouvelle-Orléans et toute la Louisiane située à l'ouest du Mississippi au profit des Espagnols. Rappelons que la Louisiane, découverte au cours des trois expéditions de René-Robert Cavelier de La Salle pour le compte de Louis XIV à la fin du XVIIe siècle couvrait une superficie de 8 millions de km2 , soit 40% de la superficie actuelle des États-Unis et du Canada combinés. La guerre de Sept Ans, première guère mondiale, impliquant la France, l'Angleterre, la Prusse, l'Autriche, la Russie et l'Espagne avait fait perdre tous ses territoires américains à la France à l'exception des Antilles françaises. Elle récupérera la Louisiane Occidentale en 1800, mais seulement pour trois ans, puisque Napoléon, jugeant le territoire ingouvernable, et ayant cruellement besoin d'argent pour ses guerres européennes, vendit l'ensemble du territoire aux Américains en 1803, toujours bien sûr au mépris total des Amérindiens, leur ouvrant ainsi un vaste empire et l'accès à la côte ouest.

    Cette guerre de Sept Ans avait vidé les caisses des divers bélligérants. Ceci explique les fortes taxations que le Royaume d'Angleterre exigeait des colons américains. Ceux-ci bien évidemment trouvaient ces taxations abusives, d'autant qu'elles leur étaient imposées sans qu'aucune instance américaine ne puisse participer à la décision. Cela constituait en très grande partie les causes de la volonté d'indépendance. À mon sens, il convient de nuancer : les colons étaient fortunés, et la guerre de Sept Ans, cause des dépenses énormes consenties par l'Angleterre, leur ouvrait un large territoire d'expansion au-delà des Appalaches. Mais, le libéralisme économique des grandes fortunes coloniales était déjà bien ancré (comme il l'est toujours aujourd'hui dans ce qui est devenu l'Empire américain), et une telle perspective ne pouvait que leur être inacceptable.

    Les Anglais finiront par perdre cette guerre civile dite "guerre d'indépendance". Ils perdront de ce fait une très grande partie de leurs colonies occidentales. Mais leur esprit de conquête était déjà ailleurs. Leurs regards se portaient vers l'Asie et vers l'Afrique. Ils se remettront très vite de la guerre de Sept Ans. Au contraire des Français, pour qui la défaite et les caisses vides allaient certainement être la cause première du rejet de la monarchie (plus que les dépenses somptuaires de Marie-Antoinette, qui était une cible bien facile à vendre au peuple). L'argent, ils pouvaient le trouver chez ceux qui détenaient la richesse, c'est-à-dire les Nobles (du moins ceux qui disposaient de vastes domaines) et l'Église. Sans la guerre de Sept Ans, il n'est pas sûr que l'Histoire de France ait suivi cette trajectoire. La Révolution Française était également un révolution de bourgeois. Qui tourna à la dictature et à la Terreur. Terreur que Jefferson, qui avait été ambassadeur en France, considéra d'ailleurs comme légitime. Mais quoi qu'il en ait pensé, la Révolution Française fut une révolution sanglante, plus encore que la révolution américaine, et ce fut une révolution ratée, qui déboucha sur deux empires et trois monarchies, avant que la République française ne soit enfin stabilisée en 1879, à la démission de Mac Mahon.

    Dans les premiers mots de la "Déclaration d'indépendance", Jefferson déclarait que les hommes devaient être libres, égaux et aspirer au bonheur. De sa part, et de la part de tous les "Pères fondateurs", c'était d'une hypocrisie épouvantable. On sait très bien que les hommes ne seront jamais égaux. Comment l'homme qui réparait la charpente de Monticello ou de Mount Vernon aurait pu être égal au riche propriétaire d'esclaves qui vivait dans cette propriété ? Et comment parler de liberté alors que des gens comme Jefferson et Washington maintiennent des centaines d'être humains en esclavage. Cette "déclaration d'indépendance" était une vaste fumisterie qui fut approuvée par le Congrès de Philadephioe le 4 juillet 1776, il y a 250 ans, et que la clique à Trump, ainsi que 340 millions d'Américains vont célébrer sans aucun état d'âme.

    Les États-Unis d'Amérique sont toujours une colonie, et comme pour toute les colonies, ces colonisateurs n'ont aucun droit (humain, j'entends) d'être là, du moins si c'est pour dominer, écraser, torturer, anéantir ceux qui étaient là des siècles, des millénaires, des dizaines de millénaires avant eux. La population autochtone des Amériques (ceux qui avaient commencé à peupler le continent il y a 20000 ans) étaient environ de 50 millions avant l'arrivée de Colomb. Puis sont arrivés les Espagnols, les Portugais, les Anglais, les Français et les Hollandais, avec leurs mousquets, leurs couteaux et leurs virus, dont la terrible variole. Au début du XVIIIe siècle, ils n'étaient plus qu'environ 5 millions (10%), et le massacre n'était pas fini. Ces Européens n'avaient rien à faire là ! En tous cas, il n'y a rien à célébrer ce 4 juillet 2026 !

    Regardons maintenant le documentaire de Ken Burns. C'est un excellent documentaire récent (2025) vu bien sûr de l'oeil d'un Américain, mais qui tout d'abord est très concret, relatant les huits ans de guerre civile, de 1775 à 1783 conduisant à l'indépendance, en six épisodes de deux heures chacun, illustré de nombreuses peintures relatant les événements, et de nombreuses citations, et qui essaie d'être le plus objectif possible concernant chacune des parties. Nous y ajouterons ensuite une étude sur l'histoire des Amérindiens. depuis les premiers peuplements de l'Amérique du Nord, jusqu'à leur vie sous le joug des Français, des Anglais puis des Américains, et leur espoir d'obtenir enfin leur reconnaissance, ce qui, à l'heure actuelle n'est toujours pas acquis.


    La guerre d’indépendance américaine : toute l’histoire - Ken Burns (2025)

     

    Épisode 1 :
    En 1754, en Virginie, une embuscade menée contre des soldats français par une jeune recrue des troupes britanniques nommée George Washington va déclencher la guerre de Sept Ans, conclue en 1763 par la victoire des troupes britanniques sur la France et son allié espagnol en terre américaine. Désormais premier empire colonial au monde, le Royaume-Uni va voir ce triomphe se retourner contre lui. Car, entre autres pour solder les dettes léguées par le conflit, la Couronne impose à ses treize colonies américaines de nouvelles taxes, notamment sur le papier timbré administratif (Stamp Act), étincelle d'une rébellion qui va aller croissant dans les années suivantes. De la fédération progressive des colonies, prônée d'abord en vain – dès 1754 – par Benjamin Franklin, à la célèbre "Tea Party" de Boston, qui voit en décembre 1773 une soixantaine de mutins grimés en Amérindiens précipiter dans l'eau 46 tonnes de thé britannique, cette première partie déroule la genèse d'une guerre d'indépendance que, de part et d'autre de l'Atlantique, nul n'aurait imaginée vingt ans plus tôt. Elle éclate finalement au printemps 1775, lorsque les "tuniques rouges" battent en retraite face aux milices formées par les colons, avec de nombreux tués et blessés, de part et d'autre…

    Épisode 2 :
    Le second Congrès continental, qui se réunit à Philadelphie en mai 1775, est encore loin de faire l’unanimité : certains délégués espèrent une réconciliation avec la Grande-Bretagne, d’autres ont déjà tiré un trait sur l’empire.
    C’est pourtant là que naît officiellement l’armée continentale, confiée à George Washington. En Virginie, le gouverneur royal Lord Dunmore tente de retourner la situation en promettant la liberté aux esclaves des Patriots qui rejoindraient la Couronne. Plus de 1 600 hommes, femmes et enfants y croiront, avant d’être décimés par la variole et le typhus. Les rares survivant sont capturés et réduits de nouveau en esclavage. Le 9 juin 1776, le pamphlet le plus important de toute l’histoire américaine, intitulé Le sens commun (Common Sense) de Thomas Paine, vient embraser les colonies. La question n’est plus de savoir si l’indépendance est souhaitable, mais quand elle sera déclarée. Le 4 juillet 1776, au terme de débats houleux, le Congrès adopte la Déclaration d’indépendance, formant ainsi les États-Unis à partir de treize anciennes colonies. Rédigé par Thomas Jefferson, le document proclame un principe révolutionnaire : "Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par leur créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur"...

    Épisode 3 :
    Durant l’été 1776, l’armée britannique débarque à Long Island avec des dizaines de milliers de soldats et mercenaires de la Hesse allemande.
    La bataille tourne au désastre pour les Patriots : ils sont contraints de fuir Brooklyn Heights dans la nuit pour éviter l’anéantissement. New York tombe, puis le New Jersey. L’armée continentale, épuisée et décimée, bat en retraite jusqu’en Pennsylvanie. Au même moment, en Caroline du Sud, les Cherokees, menés par leur chef Dragging Canoe, attaquent les colons américains qui empiètent sur leurs terres. Plus au nord, Benedict Arnold, général de l’armée continentale, réussit à retarder, avec une flotte improvisée et une rude météo hivernale, l’invasion britannique sur le lac Champlain. C’est dans ce contexte que George Washington, dans la nuit de Noël 1776, traverse le Delaware gelé et fond avec ses troupes sur la garnison hessoise de Trenton. Cette victoire écrasante ranime l'espoir des indépendantistes.

    Épisode 4 :
    Ce qui avait commencé comme une rébellion coloniale redevient un conflit international, la France de Louis XVI ayant finalement choisi d’entrer officiellement en guerre aux côtés des Patriots.
    En 1777, les Britanniques décident de mener deux campagnes simultanées : le général Jonh Burgoyne descend du Canada vers la ville d’Albany, où le général William Howe est censé le rejoindre depuis New York. Mais ce dernier préfère marcher sur Philadelphie, abandonnant Burgoyne à une avancée solitaire dont il ne mesurera les conséquences que trop tard : à Saratoga, le piège se referme et il capitule avec 6 000 hommes. Pendant ce temps, dans la vallée de la Mohawk, les six nations Haudenosaunee, qui s’étaient jusqu’alors tenues à l’écart du conflit, se voient forcées de choisir un camp, et de s’entretuer...

    independance-americaine-5

    Épisode 5 :
    L’hiver 1777-1778 va marquer la période la plus sombre de la guerre : le froid, la faim et la maladie déciment l’armée continentale, qui est au bord de la mutinerie.
    Washington tient, s’appuyant sur le commandant Friedrich Wilhelm von Steuben pour transformer ses miliciens épuisés en soldats aguerris et sur le commandant Nathanael Greene pour réorganiser un ravitaillement défaillant. Au printemps, les Britanniques abandonnent Philadelphie, et la bataille de Monmouth se termine en match nul. Mais la guerre ne se joue plus seulement sur les champs de bataille. Pris en étau entre les deux puissances rivales, qui n'hésitent pas à négocier leurs terres, les peuples autochtones subissent des destructions systématiques. Pour les Noirs, la proclamation du général Henry Clinton leur promettant refuge et liberté reste un pari risqué sur l’issue d’une guerre qui ne les a jamais vraiment inclus. Et pendant que l’alliance franco-américaine accumule les faux départs, les Britanniques frappent au sud : les villes de Savannah et Charleston tombent, et avec elles une grande part de l'armée américaine.

    independance-americaine-6

    Épisode 6 :
    Benedict Arnold, héros de Saratoga, tente de livrer West Point aux Britanniques. C’est un choc moral pour le camp des Patriots qui le considère comme un traître.
    À la frontière entre la Caroline du Nord et la Caroline du Sud, patriotes et loyalistes s’entretuent pendant que le Britannique Charles Cornwallis multiplie les succès... Mais après des revers, ses troupes remontent vers la Virginie et s’établissent à Yorktown, dos à la mer, où Georges Washington et le général français Donatien de Rochambeau fondent sur elles par le nord. La flotte de l’amiral de Grasse barre la route aux secours britanniques. Le piège se referme. En octobre 1781, des milliers de "tuniques rouges" déposent les armes. Le traité de Paris de 1783 reconnaît l’indépendance américaine, mais oublie les esclaves et les peuples autochtones, abandonnés aux appétits d’une jeune nation en pleine expansion. Washington renonce au pouvoir, stupéfiant jusqu’à George III, qui voit en lui "le plus grand personnage de l’époque". Projet inachevé, la révolution porte en elle, selon Ken Burns, les ferments de divisions intrinsèques intensément ravivées aujourd'hui.

    Tenir le téléphone horizontalement


    À part peut-être Madame Tatcher ...

    Robespierre et Danton étaient avocats, Marat, médecin, Lénine, avocat, Mao, propriétaire terrien et diplômé de l'école normale, Castro, avocat, Ernesto Guevara, le tortionnaire de la Cabaña, médecin, Franklin, scientifique, John Adams et Thomas Jefferson, avocats. Presque toutes les révolutions ont été initiées et dirigées par des hommes éduqués qui se sont servis des prolétaires comme chair à canon. Presque toutes étaient effroyablement sanglantes.

    Au milieu de ces luttes fratricides, souvent il y avait heureusement des femmes pour voir les choses avec plus d'humanité, pour tempérer la cruauté guerrière des hommes, pour dénoncer les abus, pour espérer que la fraternité revienne et pour conserver l'utopie d'une paix universelle.

    Certaines l'ont payé de leur vie, comme Olympe de Gouges, certaines se sont directement investies dans la construction d'un monde meilleur, comme Éléonor Roosevelt, d'autres ont tenté d'instiller ces idées dans l'esprit de leur mari. Ce fut le cas d'Abigail Adams.

    Abigail était demeurée dans leur domaine du Massassuchetts durant cette guerre civile. Tandis que John lui était à Philadelphie. Ce qui nous vaut un abondant courrier échangé entre les époux pendant ces huit années de guerre. Voici un extrait d'une lettre qu'elle adresse à John :

    " Je suis de plus en plus persuadée que l'homme est une créature dangereuse. Le pouvoir, qu'il soit détenu par un grand nombre ou une poignée de gens, en réclame toujours plus. Comme la tombe, il supplie : « Donne m'en encore plus ». Vous me parlez de degrés de perfection que la nature humaine est capable d'atteindre. Je vous crois. Mais en même temps, je me désole que votre admiration ne naisse que de la réalité de ces exemples. Quand je songe à tout cela, je m'inquiète du sort de notre monarchie, notre démocratie ou du système qui sera mis en place "

    N'est-ce pas effroyablement contemporain ?


    L'aventure oubliée des Indiens d'Amérique - Collections de L'Histoire N° 54, janvier-mars 2012

    Peuplement venu d'Asie (cliquer pour agrandir)

    Des peuples d'Amérique du Nord à l'époque de la conquête, nous ne savons à peu près rien. Sept à dix millions d'individus, des centaines de peuples, des dizaines de langues... Certains étaient chasseurs-cueilleurs, d'autres agriculteurs. Ils vivaient dans des huttes ou dans de vastes demeures de bois richement ouvragé, parfois dans des maisons à étages. Ils pratiquaient la guerre, le commerce. Certaines sociétés étaient démocratiques, d'autres théocratiques, d'autres encore possédaient des esclaves. Aussi divisés et différents que les peuples européens à la même époque.

    Cette extraordinaire diversité politique, sociale, culturelle est aujourd'hui oubliée, comme l'est aussi l'aventure française en Amérique. Pourtant, les premiers et les plus riches témoignages sur l'Amérique du Nord nous viennent de ces colons, marchands et missionnaires qui, à la suite de Jacques Cartier, vécurent aux côtés des Indiens jusqu'à devenir des « sauvages blancs ».

    La colonisation du territoire par la jeune nation des Etats-Unis ouvre une autre ère : déportations, traités violés, guerres, tout est mis en œuvre pour déposséder les Indiens et les confiner dans des réserves. A la fin du XIXe siècle, la population indienne d'Amérique du Nord décimée par les maladies, démoralisée, épuisée, ne compte plus que 375 000 âmes. Les Indiens semblent voués à disparaître, comme les bisons des Grandes Plaines.
    Le projet, aux Etats-Unis, comme au Canada, est l'assimilation.


    Ma perception de ces États-Unis qui commémorent leurs 250 ans d'existence

    Tout d'abord, mon argumentation s'appuie sur ce que, de ma vie durant, j'ai considéré être les pires des injustices, je devrais dire "des horreurs" de l'espèce humaine : le racisme , l'exclusion et la colonistation.

    Je l'appuie aussi sur ce que j'apprends du documentariste Ken Burns (dont "la guerre d'indépendance" est reprise ci-dessus), sur l'abondante documentation fournie par Le Monde au cours de la quinzaine précédent le 4 juillet, sur les articles publiés par le New York Times, et bien évidemment sur tout ce qui se passe actuellement dans ce « pays », où le plus ignoble président que les Étas-Unis aient connu, le plus stupide de tous, accompagné de ses plus ardents thuriféraires, revoit l'histoire américaine pour en faire le plus merveilleux pays du monde, appartenant à l'homme blanc chrétien ... Il n'a d'ailleurs pas tout à fait tort, car c'est ainsi que tout à commencé. Trump veut juste faire un saut de 250 ans en arrière.

    A giant leap for fascists, a stumbling step for mankind. 

    • Ce pays EST et est ENCORE et TOUJOURS une COLONIE. Ou 50 colonies, si vous voulez le considérer comme cela a commencé, par treize territoires, entre océan et monts Appalaches, envahis par des Anglais et une minorité d'Allemands, pour des raisons diverses. Au nord, seront fondées les colonies du Massachussets (qui sera plus tard subdivisé en Massachussets et Maine) et du New Hampshire où débarquent des fondamentalistes protestants, qui s'opposent à l'anglicanisme (La religion déjà ... Elle restera omniprésente dans ce pays qui a eu le toupet, par le premier amendement de sa constitution du 17 septembre 1787, de prétendre à la séparation de l'Église et de l'État), la Pennsylvannie des Quakers et le Maryland des catholiques. Au milieu de tout cela, des colonies qui y voient des opportunités commerciales. La province de New York, le Connecticut, le Rhode Island, le New Jersey, le Delaware. Au sud, de vastes étendues, propices aux cultures, céréales et coton. Une mine d'or. Si on amène des fonds, on peut facilement y devenir un grand propriétaire terrien. Et on ne devra même pas travailler. La traite des Africains, capturés sur la côte ouest d'Afrique est déjà en plein essor chez les Espagnols et les Portugais d'Amérique latine, et chez les Français des Caraïbes. Les Français donneront un fameux coup de main pour pourvoir ces colonies du sud en esclaves. Les marchands new-yorkais ne seront d'ailleurs pas en reste, puisqu'ils saisissent l'oppotunité pour assurer un commerce triangulaire entre eux, la France et ces colonies du sud. Seuls les Quakers de Pennsylvanie resteront en grande partie hors du jeu, par leur pacifisme et déjà leur horreur de l'esclavage. Les Quakers auront d'ailleurs à plusieurs reprises à en subir les conséquences (dont un certain John Adams).
      Bref, ces quatre colonies très vastes et peu peuplées (si ce ne sont ces sauvages dont on ne fera qu'une bouchée) sont les mêmes que celles qui rejoindront les états sécessionnistes lors de la guerre civile de 1861-1865 : la Virginie, les deux Carolines et la Géorgie.
    • Arrive la guerre de Sept Ans (1756-1763). Elle peut être considérée comme la première guerre mondiale, puisqu'elle implique la France alliée à l'Autriche face aux Britanniques alliés aux Prussiens. Mais aussi les Russes aux côtés de l'Autriche et les Espagnols aux côtés des Français. Espagnols, Britanniques et Français ayant de vastes territoires et colonies en Amérique du Nord, la guerre déborde bien évidemment du théâtre européen pour se propager également en Amérique. Ironiquement, il semble d'ailleurs que de ce côté, le feu ait été mis aux poudres par un jeune officier le l'armée britannique ayant ouvert le feu contre un peloton français. Son nom : George Washington. Les Britanniques et les Prussiens sortiront vainqueurs de cette guerre. La France y perdra le Canada (qui s'étendait à ce moment depuis Terre-Neuve, le long des rives du Saint-Laurent, avec Quebec et Montréal, jusqu'aux Grands Lacs) au profit des Anglais. De même, ils devront leur céder la partie orientale de la Louisiane entre le Missisippi et les Appalaches. La Louisiane était alors un immense territoire de 8 millions de km2, s'étendant de part et d'autre du Misissippi depuis les Grands Lacs jusqu'au Golfe du Mexique. Tout le côté occidental de la Louisiane sera également administré par l'Espagne jusqu'à ce que les Français y reprennent leurs droits en 1800. Cette guerre fut extrèmement couteuse pour tous les bélligérants. Les caisses de la France et de la Grande-Bretagne sont vides. À mon avis, ce sont les conséquences de cette guerre, plus que la mauvaise gestion des ministres de Louis XVI ou les frasques de Marie-Antoinette, qui ont été les causes premières de la Révolution française. Du côté britannique, pour renflouer les caisses de l'État, il faut impérativement lever de nouvelles taxes, et, c'est du moins mon point de vue, les grands bénéficiaires de le victoire britannique sont les colons d'Amérique. La menace française a disparu. De vastes territoires s'ouvrent à l'ouest des Appalaches, des personnages importants comme Benjamin Franklin et George Washington y voient directement une opportunité d'y faire de la promotion immobilière, sur des terres qui ne leur appartiennent même pas. Le trafic d'esclaves fonctionne à fond. Les propriétaires terriens de Virginie et des autres colonies du sud, parmi lesquels Washington et Jefferson, s'enrichissent énormément. Il était donc tout à fait justifié de les faire contribuer bien davantage que la petite bourgeoisie de la métropole, au renflouement des caisses. Arrive donc le Stamp Act puis le monopole britannique sur certaines denrées vendues aux colonies, comme le thé, que les riches bourgeoises de Nouvelle-Angleterre apprécient tellement. Et comme toujours, quand il s'agit de taxer les riches, ceux-ci se rebellent. C'est encore ainsi aujourd'hui, en Europe comme en Amérique. Non ! Pas d'accord pour payer pour les gueux de cette lointaine Angleterre que d'ailleurs nous ne reconnaissons même plus. C'est du moins vrai pour une partie d'entre eux, qui s'auto-proclameront "Les Patriotes", ainsi que le montre bien le documentaire de Ken Burns.
    • La déclaration d'indépendance : Donc, en juin 1776, une bande de bourgeois mâles emperruqués décident que maintenant trop, c'est trop. On n'a pas dépensé tout cet argent pour s'acheter des esclaves pour maintenant devoir aider cette lointaine mère-patrie, qui bien qu'elle nous ait débarassé des Français et ouvert les portes de l'Ouest, a maintenant cette odieuse prétention de nous faire payer des taxes ! Le libéralisme économique américain est déjà né avant même que ces types se déclarent libres. Les empérruqués se réunissent donc en Congrès à Philadelphie et désignent cinq des leurs pour rédiger un projet de déclaration d'indépendance. Ils seront de cinq colonies différentes : Benjamin Franklin de Pennsylvanie, John Admas du Massachussetts, Robert Livingstone de New York, Roger Sherman du Connecticut et Thomas Jefferson de Virginie. Jefferson est le plus jeune. Il n'a que 33 ans, mais c'est un brillant avocat qui sait comment convaincre et surtout qui a l'écriture facile. Les quatre autres le laissent donc écrire un premier projet qu'ils reliront et le cas échéant, amenderont. 
      Nous n'allons pas ici passer en revue tout le projet de Jefferson. Rappelons simplement que dans son premier jet, il reprenait essentiellement les idées de John Locke sur les droits naturels: tous les hommes sont créés libres, égaux, et peuvent jouir sans contrainte de leurs biens. Qu'entend-t-on par "leurs biens" ? Les esclaves en font-ils partie ? Jefferson est un planteur de Virginie qui a possédé plus de 600 esclaves. Washington n'en est pas loin non plus. Par ailleurs, Jefferson, dans son texte attaque la traite des esclaves noirs. Il en sera glorifié jusqu'au XXe siècle, y compris par Martin Luther King. Pourtant, quelle hypocrisie funeste. La traite des esclaves, non, mais la propriété d'esclaves, il n'en parle pas. Jefferson sera un ignoble esclavagiste toute sa vie.
      La jouissance des biens fait donc débat lorsque les quatre autres relisent le projet. Surtout de la part de John Adams qui est un anti-esclavagiste militant, et qui sera sa vie durant en opposition avec Jefferson. Le texte devient donc "Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par leur Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur". Les Américains font toujours référence aujourd'hui à ce texte qu'ils jugent magnifique. Ce le serait, si ce n'était pas absolument hypocrite et jamais appliqué. La première notion énoncée est que l'homme est créé par une puissance surnaturelle. Je me sens donc immédiatement exclu, moi qui suis un empiriste logique. On vient d'emblée mêler religion et démocratie. Mais cette république voulue par les colons d'Amérique, était-elle supposée être une démocratie ? Assurément non ! "Égaux" ? Oui, si on se limite aux hommes, pourvu qu'ils soient blancs et riches. Je doute que le maréchal-ferrand de Jefferson ait été, ne fut-ce qu'une seconde, égal à lui. D'ailleurs dans cette guerre civile qui se prépare, pompeusement appelée "Guerre d'indépendance", les riches bourgeois restent à l'arrière, les officiers observent du haut de la colline, et ceux qui se font massacrer, ce sont évidemment les bouseux, comme dans toutes les guerres. Les bouseux à qui on promet, s'ils sont de bons patriotes, l'accès à la propriété sur des terres qui sont encore à conquérir. "Libres" ? Oui, toujours les mêmes, les hommes blancs nantis. Libres de ne plus rien payer à la Grande-Bretagne. Oublions les esclaves, bien entendu. Cette déclaration ne les concerne pas. Ni les peuples autochtones, qui sont là depuis 20000 ans, dont la population a déjà diminué de 90% entre l'arrivée des Anglais au début du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle, soit en à peine 100 ans. Ils sont encore environ 7 millions en Amérique. Ils ne seront plus que quelques milliers après le conquête de l'Ouest.
      "La recherche du bonheur" ? Ce sera un des leitmotivs diu libéralisme américain. Encore aujourd'hui. Surtout aujourd'hui. J'ai le droit de faire ce que je veux si tel est mon bon plaisir. Et que l'Administration fédérale ne me mette pas de bâtons dans les roues. L'intervention du colon sud-africain Elon Musk a été exemplaire à cet égard pour briser le maximum d'obstacles que les agences gouvernementales avaient placés comme garde-fous sur sa route.
    •  La constitution américaine du 17 septembre 1787 est la plus vieille constitution du monde. À l'exception peut-être de la république de Saint-Marin, la plus vieille république au monde, mais qui n'a pas de constitution proprement dite, mais un ensemble de lois en latin, datant du XVIIe siècle qui font office de droit constitutionnel et administratif du pays. Mais pour avoir visité les deux, je préférerais de loin habiter à Saint-Marin qu'aux USA. Mais les Américains sont très fiers de leur constitution archaïque. Ils estiment qu'elle a été magistralement réfléchie par leurs "Pères fondateurs" et qu'elle constitue le ciment du pays. À voir ! Non seulement on peut observer, surtout aujourd'hui, qu'elle ouvre la porte à un maximum d'abus autocratiques, mais qu'en plus, un type comme Trump n'a même pas peur de la piétiner quand ça l'arrange.
      Cette constitution ne possède que 7 articles, dont seuls les trois premiers sont détaillés. Ils concernent les rôles et prérogatives des trois pouvoirs : le Congrès, l'Exécutif, principalement le Président, et le Judiciaire, dominé par la Cour Suprême.
      Il est bien sûr stipulé dans ces articles que des amendements peuvent y être ajoutés par le Congrès, si une majorité des deux tiers peut être obtenue dans les deux chambres. Et à ces 7 articles s'ajoutent de fait aujourd'hui 27 amendements dont le dernier date de 1992, et le dernier d'importance, de 1971 abaissant l'âge du droit de vote à 18 ans. L'amendement le plus important est, je suppose que tout le monde en conviendra, le 13e amendement du 31 janvier 1865 qui n'est constitué que de deux sections de deux lignes, mais qui abolit l'esclavage. Les dix premiers amendements ont été ajoutés très tôt, ratifiés le même jour, le 15 décembre 1791 et constituent « la Déclaration des Droits ». Nous y reviendrons. Mais pour ce qui constitue le corps du texte, principalement les trois premiers articles de la Constitution, à de petits détails près, a été immuable depuis ce 17 septembre 1787. Le nombre de députés par État, en fonction de sa population y est définie. Le fait que chaque état ait deux sénateurs également. Le principe des grands électeurs, ce système si peu démocratique et non représentatif du vote populaire, puisqu'il permet de remporter une élection en ayant reçu moins de votes dans les urnes que son adversaire (ce n'est d'ailleurs pas un cas unique, le système électoral majoritaire français ne représente pas non plus le vote populaire). Dans les faits, chaque état a autant de grands électeurs qu'il a d'élus au Congrès, quel que soit le parti. Soit un nombre égal aux nombre de députés + 2 sénateurs. Mais ces congressistes ne peuvent pas cumuler leur fonction avec celle de grand électeur. Cela n'a pas changé depuis 1787. Le fait qu'en cas de vote 50/50 au Sénat, la voix du vice-président vient départager les sénateurs est aussi dans la constitution originale. Avantage donc à la majorité présidentielle. La longue liste des prérogatives du Congrès y est aussi établie, à la section 8 de l'Article I, et n'a pas changé depuis. Par exemple, de lever des impôts, de faire des emprunts, de battre monnaie, de favoriser le progrès des sciences et des arts en donnant pour un temps le droit exclusif aux auteurs sur leurs inventions (notion de brevet), de déclarer la guerre ... Si j'ai pris ces quelques cas, c'est parce qu'ils figurent parmi les attributions les plus importantes du Congrès, mais aussi parce que, en à peine un an de temps, Trump les a tous bafoués, sans que la majorité républicaine à sa botte, jamais ne réagisse ni ne le contre. Il y avait autant de fois matière à mise en accusation de Trump (impeachment), mais cette mise en accusation demande déjà la majorité simple à la Chambre, ce qui n'est déjà pas acquis dans une Chambre à majorité républicaine, mais surtout, le procès en destitution doit lui être tenu au Sénat et requiert deux tiers des sénateurs présents. Ce qui dans le climat actuel et les mentalités avides d'argent, est simplement impossible. Cette vieille constitution donne en plus des pouvoirs forts au président des Étas-Unis. Ce qui se comprend d'ailleurs assez bien dans le contexte de cette lointaine époque : le pays, une fédération de colonies ayant des objectifs différents voire divergents, est encore fragile. Même après huit ans de guerre, les Anglais qui ne sont pas loin, puisqu'ils sont encore maîtres du Canada, peuvent encore être menaçants. Et le pays nouveau est encore peuplé de nombreux légitimistes, fidèles à la couronne britannique (même si nombre d'entre eux ont émigré vers les Antilles britanniques), et le problème de l'esclavage fait déjà débat entre le Nord et le Sud. Il était alors logique de vouloir un homme ayant la posture d'un chef fort et rassembleur auquel il fallait permettre de faire preuve d'autorité. Le choix du premier président fut vite fait en 1789. Ils ont choisi le militaire qui leur avait permis de bouter l'Anglais dehors : George Washington. Pour deux mandats de 4 ans. La Constitution ne prévoyait pas en ce temps là une limite au nombre de mandats. La limite à deux mandats de 4 ans ne sera adoptée que par le XXIIe amendement du 21 mars 1947, deux ans après la mort de Franklin Roosevelt, élu quatre fois, et seul président ayant exécuté plus de deux mandats. Mais si le Congrès vote les lois à la majorité simple des deux chambres, celles-ci doivent ensuite être soumises au président, qui peut émettre toutes critiques qui lui semblent justifiées, faire ses propres propositions et les retourner au Congrès pour modification. Cete fois, les deux chambres du Congrès doivent approuver la loi amendée par une majorité des deux-tiers dans chacune des chambres. Autant dire que cela, dans le contexte des XXe et XXIe siècles est devenu pratiquement impossible, et que le président des États-Unis jouit par conséquent d'un droit de véto et domine de facto le pouvoir législatif. Quant au pouvoir judiciaire, la plus haute instance en est la Cour Suprême. Ses juges sont nommés par le président. Ils sont en principe nommés à vie, sauf démission, retraite, mort ou malveillance. Le Congrès a le pouvoir de nommer les cours judiciaires fédérales subalternes. Mais en cas de désaccord, c'est la Cour Suprême qui tranchera. La Cour Suprême est un organe judiciaire contrôlé par le président. Il contrôle donc le Législatif et le Judiciaire. La Constitution archaïque de 1787 s'appliquant toujours aux États-Unis, ce pays est donc encore aujourd'hui, de par sa Constitution, un état présidentiel autoritaire. On est loin de la belle démocratie tant chantée par le peuple américain. Les États-Unis sont une république, mais ce n'est pas une démocratie. Il n'y existe pas de réelle séparation des pouvoirs.
    • Venons-en maintenant aux amendements de la Constitution : je voudrais surtout me focaliser sur le second amendement qui fait tant débat. Celui qui donne, en principe, l'autorisation à tous citoyens d'être armé. Je le reproduis ici dans sa version originale anglaise, et dans sa traduction française :

      "A well regulated Militia, being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed."
      (et je laisse volontairement les virgules figurant dans le texte d'origine, ce qui donc, pour simplifier signifie "A well regulated Militia will not be infringed")

      et dans sa traduction française :

      "Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé."

      Cette traduction me pose problème, car elle ne tient justement pas compte des virgules, qui sont autant de ruptures dans l'énoncé. Pour ma part, je traduis ceci par :

      "L'organistation d'une milice bien contrôlée, nécessaire à la sécurité d'un état libre, et par conséquent le droit des citoyens à être armé, ne peut être empêchée."

      Ce qui est fondamentalement différent !

      Le moins qu'on puisse dire, c'est que leurs fameux "Pères fondateurs" dont ils sont si fiers, on laissé cet amendement dans le flou le plus total. Mais cette foutrerie est toujours d'application aujourd'hui et est une source de conflit perpétuel qu'ils sont incapables de résoudre. Les armes sont en vente libre et tout le monde a le droit de posséder un AK-47. Dans un pays qui se vente d'être chétien, ce qui, je suppose, moi qui ne le suis pas, des valeurs de paix et d'amour du prochain, la peine de mort demeure d'application, et tout le monde peut se ballader avec une kalachnikov.

      J'ai une autre interprétation, qui me semble beaucoup plus sensée, et qu'il faut remettre dans le contexte de l'époque. En 1789, Thomas Jefferson termine son mandat de ministre plénipotentiare en France (équivalent à l'époque au titre d'ambassadeur). Il avait en cela succédé à Benjamin Franklin. Son mandat étant terminé, il nomme pour lui succéder un de ses protégés, qu'il n'aura pas peur d'appeler son "fils adoptif". C'est le jeune William Short qui occupera cette charge de 1790 à 1792. Il paraît évident que, vu les rapports étroits entre Short et Jefferson, ce dernier ait été tenu au courant de tout ce qui se passait en ce moment si critique de la France révolutionnaire. Le second amendement a été ratifié le 15 décembre 1791, ne l'oublions pas. William Short est en ce moment en poste à Paris. Or, le 5 décembre 1790, alors que Short est déjà en fonction à Paris, Robespierre a rédigé un discours sur la Garde Nationale, qu'il n'a pas eu le temps de prononcer en séance plénière de l'Assemblée, mais dont le texte est annexé au décret sur la force publique, approuvé ce jour là. Ce discours précise qu'une garde nationale doit être créée pour protéger les citoyens des crimes venant de l'intérieur, et que tout citoyen membre de cette garde nationale a donc le droit d'être armé pour défendre la population. En substance, il s'agit ni plus ni moins que de ce qui allait devenir la gendarmerie. Dans son discours, il est aussi précisé que cette garde nationale est dévolue au maintien de l'ordre intra-muros, et qu'elle ne peut en aucune manière venir en support à l'armée en dehors des frontières. Il est toutefois stipulé qu'elle pourra le cas échéant, si les fontières sont en danger, suppléer l'armée dans la garde des frontières.

      William Short ne pouvait pas ignorer ce discours de Robespierre et l'esprit de la garde nationale. Il paraît évident que l'information a été communiquée à Thomas Jefferson, et que dès lors, le second amendement se soit directement inspiré du texte de Robespierre. Les virgules en sont pour moi la meilleure preuve. Ce second amendement signifie, en copie conforme de la pensée de Robespierre que tout état à droit à une milice organisée (et de fait les shérifs sont élus dans les comtés américains) pour protéger les citoyens, et que par voie de conséquence, tout citoyen qui sera choisi pour faire partie de cette milice a le droit d'être armé. Ce qui coule de source. Mais ils se battent sur ce point depuis 250 ans, et des centaines de massacres ont été perpétrés dans ce pays à cause d'une interprétation volontairement erronée de ce second amendement. Qui, il faut bien l'avouer, a particulièrement été mal torché par ses rédacteurs. Mais la toute puissante National Rifle Association (NRA - Association Nationales des Armes à Feu) arrose un maximum de congressistes, et les choses ne sont pas prêtes de changer. D'ailleurs, tant qu'il sera permis aux sociétés privées de financer les campagnes des candidats au Congrès et à la Présidence, ce pays continuera à vivre sous le régime de l'arbitraire. C'est totalement inadmissible dans un pays démocrate et progressiste. 
    • Et après ? Disons-le d'entrée, les Amérindiens, les autochtones donc, présents sur le continent depuis 20000 ans, et premiers hommes à y être entrés, venant d'Asie, ne jouissent d'aucun droit de représentation. C'est stipulé dans la section 2 de l'Article I de la Constitution, et dans son 14e amendement du 13 juin 1866 : "Les représentants seront répartis entre les divers États proportionnellement à leur population respective, calculée en comptant tous les habitants de chaque État, à l’exclusion des Indiens, non imposés".

      L'esclavagisme continuera jusque dans les années 1860, et il faudra la guerre civile entre les 19 états du nord, auquels s'ajoutent les deux états de la côte pacifique (Californie et Orégon) et 11 états du sud, les 4 premières colonies esclavagistes ayant signé la déclaration d'indépendance : Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud et Géorgie, auxquels viennent maintenant s'ajouter les nouveaux états esclavagistes, conquis sur l'Espagne ou arrachés aux Amérindiens : la Floride, l'Alabama, le Missisippi, le Texas, le Tennessee, l'Arkansas et la Louisiane. Cette guerre, selon les dernières estimations, a fait environ 800.000 morts de 1861 à 1865, et se treminera par la victoire de l'Union (le Nord) contre la Confédération (le Sud) et l'abolition de l'esclavage.

      Même si l'esclavage est aboli, cela ne met pas fin à l'inégalité "raciale". C'est fou ce que ces Amerloques utilisent encore aujourd'hui, même dans leurs textes les plus officiels, la notion de "race", alors que c'est une aberration génétique. Il n'existe pas de "races humaines". Il existe bien évidemment des diversités morphologiques selon les ethnies, mais ces gens se basent avant tout sur la couleur de peau pour définir un critère de "race". J'ai commencé mon texte en parlant de "cinq Anglais au teint blême par manque de vitamine D". C'était une provocation voulue mais qui correspond à la réalité. Les colons d'Amérique, encore maintenant, considèrent que le Blanc est supérieur au Noir. La notion de "race" est toujours bien présente dans le 15e amendement de la Constitution. Or, pendant environ 280.000 ans de l'histoire de l'humanité, y compris en Europe, Homo sapiens était noir de peau. Les hommes qui ont peint Chauvet, il y a 35000 ans ou Lascaux, il y a 20000 ans étaient noirs de peau. La peau blanche est donc une anomalie récente, due au fait qu'après la dernière époque glaciaire, l'homme a commencé à se sédentariser, à manger d'avantages de céréales ou autres végétaux, beaucoup moins de viande, et donc diminuer son apport en vitamine D. En l'absence d'absorption de viamine D, le corps doit la fabriquer. Et cette biosynthèse comporte une étape photosynthétique, c'est à dire nécessitant de la lumière. La mélanine de la peau noire protégeaient des rayons UV néfastes de la lumière solaire, mais graduellemnt, la sélection naturelle a fait que ceux dont la peau devenait plus claire étaient favorisés. Et l'Européen est graduellement devenu blanc. On peut d'ailleurs observer que cette blancheur n'est pas uniforme, mais que la peau fonce au fur et à mesure qu'on passe du nord de l'Europe jusqu'au nord de l'Afrique. Même dans des pays comme la France ou l'Italie, on observe des variations de couleur de peau entre le nord et le sud. Ah oui : une exception ! Les Inuits, au teint foncé. Eh bien oui, ces gens se nourissent encore en abondance de poisson ou de viande de phoque, et trouvent davantage de vitamine D dans leur alimentation. J'espère avoir convaincu les plus obtus que la notion de "race" est une stupidité d'un point de vue génétique. Si on prend deux groupes, l'un composé exclusivement d'Allemands, l'autre, pour moitié d'Allemands et pour moitié de bantous, on trouvera autant de variabilité génétique dans le groupe d'Allemands que dans le groupe mixte. La notion de "race" humaine est faite pour humilier, pour ostraciser, pour dominer, mais est une notion développée et maintenue vivante par des êtres humains ignobles et bêtes. On parle de "races" de chiens ou de chats, soit, c'est aisé pour comprendre de quels caractères morphologiques on parle. Et ni les chiens ni les chats ne savent qu'ils sont racisés, et de toutes façons ils s'en foutent. Mais même chez les chiens et les chats, cette notion de race n'a aucun fondement génétique.

       

      Enfoncez-vous ça bien profond dans le crâne, les rascars !

      Rappelons aussi qu'avant d'en arriver à cette épouvantable guerre civile, conduisant à l'abolition de l'esclavage, 10 des 12 premiers présidents américains, jusqu'à Zachary Taylor en 1850, étaient tous esclavagistes. Et sans surprise, les deux qui étaient abolitionnistes étaient père et fils : John Adams, second président, et son fils John Quincy Adams, sixième président. Et sans surprise John Adams et Thomas Jefferson étaient adversaires, et Jefferson a tout fait pour le détruire politiquement. Le hasard a fait que ces 2e et 3e présidents des États-Unis soient morts le même jour, et pas n'importe lequel : le 4 juillet 1826, jour de leur fête nationale, commémorant cette année-là le cinquentenaire de la Déclaration d'Indépendance, dont ils étaient co-auteurs. Selon Claude Fohlen, historien français de l'Amérique du Nord, peu de temps avant de mourir, John Adams aurait demandé "Thomas Jefferson vit-il toujours ?". Jefferson était mort quelques heures avant lui.

      Malgré l'abolition de l'esclavage, le droit à la nationalité américaine des Afro-américains et le droit de vote accordé à tout citoyen américain (à l'exclusion des vrais citoyens américains qu'étaient les Amérindiens), de par les 13e, 14e et 15e amendements, la ségrégation continua dans les états du sud et quelques villes du nord, qui faisaient appliquer les lois Jim Crow. Ces lois stipulaient que OK, Noirs et Blancs étaient maintenant égaux, mais DIFFÉRENTS, et qu'ils ne pouvaient donc pas se mélanger. Cela créa une ségrégation digne du brutal apartheid sud-africain. Ségrégation, donc séparation scolaire, dans les restaurants, les théâtres, les transports ... et tout cela jusque dans les années 1960, soit un siècle après l'abolition de l'esclavage. Grâce à des personnalités comme Rosa Park, restée dans les mémoires pour refuser de s'asseoir au fond du bus, grâce à des leaders d'opinion qui y ont laissé leur peau, comme bien évidemment Martin Luther King, le pacifiste, et Malcom X, le partisan de la lutte armée. Grâce aussi, il faut le reconnaître, à de nombreux blancs qui les ont soutenus, principalement des jeunes et des artistes - des gens évolués, quoi.

      Statue peter norman

      Des sportifs aussi. Tout le monde de ma génération se souvient des Jeux Olympiques de Mexico de 1968, (année terrible qui voit les asasinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy. Malcom X lui, avait déjà été asassiné en 1965). Au moment du podium du 200 mètres, et pendant l'hymne américain, Tommie Smith et John Carlos, respectivement 1er et 3eme, brandissent un bras ganté de noir, en signe de soutien au mouvement pour les Droits Civiques. S'ils brandissent chacun un poing différent, c'est qu'ils n'avaient qu'une paire de gants à se partager. Ils sont toujours bien vivants aujourd'hui. Ils ont 82 et 81 ans. Avec la victoire de la défense des droits civiques, ils ont d'ailleurs été tous deux intronisés au Temple de la renommée de l'athlétisme des États-Unis en 1978. Maintenant parlons du troisième homme de cette photo. Il en vaut la peine. Il a donc terminé second. Il est australien et se nomme Peter Norman. Si on observe bien la photo, il est solidaire de l'action des deux Américains. Il porte, comme eux sur sa poitrine, le badge de de l'Olympic Project for Human Rights contre la ségrégation raciale. Peu de gens regardant la télévision s'en sont aperçu ce jour là. On ne regardait que les poings levés de Smith et Carlos. Mais cela n'a pas échappé aux officiels ni à l'association australienne d'athlétisme. Dès ce moment, il s'est fait ostraciser. Malgré de bons résultats, il n'a pas été sélectionné pour les jeux de 1972 à Munich. Sa carrière a été brisée. Il n'a même pas été invité aux jeux de Sydney de 2000. À San José, une sculpture a été érigée pour commémorer ce podium. Mais la seconde place est vide. Elle est laissée libre pour que les passants puisse prendre des photos des deux Américains. Ignoble injustice. Peter Norman lui, n'a pas eu la chance d'atteindre les 80 ans. Il est décédé en octobre 2006 à Melbourne, à 64 ans. Une statue à finalement été érigée en son honneur en 2019 dans le stade de Melbourne.

    • Dans tout ce contexte racial, on ne peut passer sous silence le Ku Klux Klan. C'est une organisation terroriste, classée comme telle aux États-Unis. C'est la plus affreuse organisation de ce pays et, à mon sens, une des plus grandes organistations terroristes que le monde ait connu, tous pays confondu. En violence, elle a, je le pense, été aussi cruelle que ISIS ("l'État islamique"), en tous cas si vous étiez parmi ceux qu'ils pourchassaient. On peut considérer qu'il n'y a pas eu un, mais trois Ku Klux Klans, à trois époques différentes. Le Klan est mort trois fois, mais par deux fois, il est réssuscité des cendres du précédent. La constante entre ces trois Klans, c'est le racisme exacerbé. Principalement envers les Noirs, bien évidemment, mais pas que ... 

      Le premier Klan est né à la veille de Noël 1865, juste après la guerre civile, (que nous appelons, nous, guerre de sécession) entre l'Union, composée de 19 états du nord et de la Californie et l'Orégon, déjà reconnus comme états, d'une part, et la Confédération, regroupant 11 états esclavagistes du sud.
      Le Kentucky est réclamé par la Confédération. Celui-ci est esclavagiste, mais il ne possède que très peu de champs de cotons. Il se déclarera neutre. Le gouvernement du Missouri est resté fidèle à l'union, mais certains propriétaires y étaient en faveur de la Confédération. Quant au futur Oklahoma, c'était encore le territoire indien où avaient été refoulés tous les indiens de l'Est au delà du Mississippi par L'Indian Removal Act (voir par ailleurs)

      Suite à la défaite, le sud est dévasté et ruiné. Un groupe d'amis, tous d'anciens jeunes officiers de l'armée confédérée, se retrouvent pour la veillée de Noël. Pour passer le temps, ils ont l'idée de créer un club. Ils l'appellent le Cercle. Mais pour faire plus exotique, ils utilisent la traduction grecque, Kuklos. L'un d'eux, peut-être d'origine écossaise, propose que ce soit aussi un Clan. Mais pour accompagner harmonieusement Kuklos, ils l'écrivent Klan. Leur club sera le Kuklos Klan ... De fil en aiguille, après quelques modifications, ils transforment ça en Ku Klux Klan. Mais que va faire ce club ? Oh ben, il y a tous ces bougnoules qui maintenant sont des hommes libres. Quelle connerie ! Ces gens sont plus proche du singe que de l'homme. Ils sont très bêtes. L'esclavage leur convenait parfaitement. Et l'esclavage est d'ailleurs le meilleur système économique qu'on puisse imaginer. Regardez comme, avant que ces Yankees viennent se mêler de nos affaires, nos affaires étaient florissantes (pour ces sales cons de colons du sud, les Noirs étaient juste un outil de production, au même titre que le boeuf ou le cheval de trait). Notre mission consistera à aller leur faire peur. On va se déguiser, pour qu'ils croient qu'on est des esprits. On va bien se marrer (un détail qui a son importance pour la suite, ces déguisements étaient variés, se voulaient être drôles et n'avaient rien à voir avec les futurs accoutrements, beaucoup plus réglementés, des deuxièmes et troisième Klans). Mais très vite, ils font école. Le "club" est rejoint par de plus en plus de monde. Et ça commence à déraper sérieusement. Au début, bon, c'était méchant, mais ça restait assez potache. Là, ça tourne aux bastonnades et aux lynchages. Surtout que ces mecs du sud ne digèrent déjà pas que le 13e amendement ait supprimé l'esclavage, mais voilà que le Congrès des Yankees y ajoutent coup sur coup le 14e amendement duquel il résulte que tous ces anciens esclaves deviennent maintenant citoyens américains. Puis le 15e, qui leur donne le droit de vote. Tout cela en moins de 4 ans de temps ! Non mais quoi ? Devenus citoyens, ils vont refuser de travailler. Et en plus, ils vont pouvoir décider de tout ? (C'est toujours ainsi que réagissent les racistes, non ?). Trop, c'est trop ! Il faut dare-dare casser du bougnoule ! C'est la folie, c'est le carnage. En d'autres lieux, on appelle ça des pogroms. Ulysses Grant qui dirigeait l'armée de l'Union, est maintenant le président des États-Unis depuis le 4 mars 1869. Il envoie ses troupes dans le sud pour mater ce Ku Klux Klan et le faire interdire. Mais c'était déjà trop tard. Le Klan avait déjà gagné en imposant les "lois Jim Crow" dans les états du Sud. Ces lois introduisaient la ségrégation dans les services publics (établissements scolaires, hôpitaux, transports, justice, cimetières, etc.), les lieux de rassemblement (restaurants, cafés, théâtres, salles de concert, salles d'attente, stades, toilettes…) et restreignaient les interactions sociales entre Blancs et gens de couleur au strict minimum, cela au nom du principe « séparés mais égaux ». Leurs objectifs principaux sont clairs : maintenir la supériorité blanche et empêcher les Noirs d’accéder à une véritable égalité. En outre, via des citères de taxes et d'éducation, ils sont arrivés à ce que pratiquement aucun Noir n'aie le droit de vote. Alors, qui faisaient appliquer ces lois ? Les nouveaux gouverneurs des états du sud, qui étaient en majorité des Démocrates. Les Démocrates, bien davantage que les Républicains étaient ségrégationnistes. Il faut se rendre compte qu'à cette époque, le parti démocrate était le parti réactionnaire, et les républicains les progressistes. Comble de méchanceté, qui était Jim Crow ? C'était un personnage créé par le chansonnier et dramaturge Thomas Rice, qui se déguisait en se peignant le visage et les mains pour se transformer en "petit nègre" qui, dans ses chansons, vilipendait le pouvoir en place, l'élite, pour défendre la cause des citoyens pauvres du sud. Donc il passait par la plus sordide des pantomimes racistes pour attaquer l'élite. Tiens, cette combinaison de racisme et de méfiance des élites ("l'establishment"), ça ne vous rappelle rien de récent ? Les rednecks du monde MAGA ... Similaire. En attendant, le nom de Jim Crow est resté pour désigner le Noir américain, dans ce qu'il devait fatalement avoir de grotesque. Et les lois Jim Crow ont perduré jusqu'en 1964, jusqu'à lutte pour les Droits Civiques des Afro-américains.

      On n'entend plus trop parler de ce Ku Klux Klan jusqu'au début du XXe siècle. Mais en 1915, dans les toutes premières années du cinéma encore balbutiant, va sortir un film, Birth of a Nation (Naissance d'une nation), un long métrage muet mais bourré de cartons explicites, réalisé par David Griffith. Le film est directement inspiré du livre de 1905, The Clansman, an historical romance of the Ku Klux Klan, de Thomas Dixon. C'est la toute première fois qu'on voit long métrage avec une vraie structure narrative, et accompagné d'une bonne musique. C'est un immense succès aux États-Unis. Environ 30 millions d'Américains vont le voir. Pour beaucoup, c'est la toute première fois qu'ils voient un film. Le film raconte l'histoire du Ku Klux Klan des origines, vue par Thomas Dixon, un pasteur baptiste de Caroline du Sud, qui est né pendant la guerre civile, et qui a connu le premier Klan étant enfant, que ces parents approuvaient, étant anti-abolitionnistes. Le livre et le film sont donc des ouvrages totalement révisionnistes du la guerre civile et du premier Klan. Celui-ci apparaît comme une armée de sauveurs, vétus de façon uniforme de robes blanches et de capuches pointues, venant au secours des femmes blanches victimes du déchainement de hordes de sauvages noirs, venus pour les massacrer et les violer. Une version totalement romantique, entièrement revue, totalement fausse, du premier Klan, mais qui marque les esprits, encore nostalgiques d'un passé déjà lointain, où l'Amérique, surtout le Sud était prospère grâce à l'esclavage.
      Le film attire l'attention de de William Simmons, un pasteur méthodiste (encore un ! C'est fou ce qu'on retrouve des membre des courants religieux évangélistes parmi les Blancs américains propageant les discours racistes et revendiquant que le seul vrai Américain, c'est le WASP, le White Anglo-Saxon-Protestant). Simmons y voit une opportunité de relancer le "Club KKK" autour d'idées similaires au passé. Il initie le second Ku Klux Klan sur la Stone Mountain, une colline située à la sortie d'Atlanta, en compagnie de seulement 16 personnes. Mais le Klan ayant été interdit, il le rebaptise L'Empire invisible des Knights (Chevaliers) of the Ku Klux Klan. Mais Simmons, plus souvent saoul que lucide, ne se voit pas les épaules assez solides pour aller beaucoup plus loin. Il engage deux publiscitaires, un homme et une femme, qui voient dans le film et ses symboles, l'opportunité de créer un mouvement nettement plus organisé que le premier Klan. Tout ce Ku Klux Klan né en 1915 tire sa symbolique et ses rituels du film, et donc du livre. En particulier la croix enflammée, la robe et la cagoule pointue. Leur propagande bien organisée va très vite conduire à l'adhésion de milliers de membres. Mais Simmons sombre de plus en plus dans l'alcoolisme, et dès 1922, il est remplacé par le dentiste Hiram Evans. Le Klan est devenu une structure hiérarchique, avec à sa tête le Grand Socricier impérial, chef du Klan pour l'ensemble du pays. C'est bien évidemment une entreprise raciste, xénophobe, terroriste, mais ausi une énorme entreprise commerciale. Le but est de se faire craindre, se faire voir et se faire respecter. Les temps ont changés dans les années 20. Ce ne sont plus que les Noirs qui posent problème, mais tous les nouveaux immigrants qui arrivent en masse. En particulier les Italiens et les Juifs. Ils sont perçus comme des envahisseurs pratiquant d'autres religions et le KKK instille dans la population la peur du Grand remplacement par d'autres religions qui pourraient supplanter le protestantisme des WASP.  Le Klan de Evans pratique l'assassinat à grande échelle. Les Italiens, bien que chrétiens sont des catholiques, de papistes, et au cours de leur messe on boit du vin. Ce sont des bandes d'ivrognes. Les Évangéliques joueront un rôle déterminant dans l'instauration de la prohibition, croyant ainsi, naïvement, nuire aux catholiques. Il faut aussi se faire voir au maximum, pour créer dans l'opinion publique l'idée d'une milice purificatrice, défendant les intérêts des bons Américains contre les faiblesses et les abus des dirigeants du pays.

      Hiram Evans
      Hiram Evans
      Arracheur de dents
      Grand sorcier désigné par le Dieu Tout-Puisant

      Evans organise une marche à Washington de 40.000 KKK, tous en robes, mais visage découvert. C'est impressionnant. Ils défilent devant la Maison Blanche et montent jusqu'au Capitole. Le second Klan est devenu une entité polique incontournable, et Evans fait la couverture du Times. À son apogée, le KKK compte jusqu'à 4 millions d'adhérents sur une population d'un peu plus de 100 millions d'habitants à l'époque. Nous l'avons dit, c'est une structure pyramidale, et tout adhérent doit payer une cotisation, dont une partie remonte aux étages supérieurs, jusqu'au Grand sorcier Hiram Evans, qui est alors une des personnes les plus riches du pays.
      Puis petit à petit, dans les années 30, les scandales commencent à apparaître au grand jour. D'abord le meurtre sordide par le Grand Dragon de l'Indiana (un Grand Dragon est le chef au niveau d'un état), de sa compagne lardée de coups de couteaux. Les lynchages, les incendies, le crime généralisé deviennent de plus en plus connus et les procès se multiplient. Bien qu'Evans ne soit guère inquiété. Mais avec la crise économique des années 30, l'approche de la guerre en Europe, le New Deal de Franklin Roosevelt (bien sûr critiqué par le Klan), le second KKK finit par s'éteindre ne 1939. En 1946, il sera officillement interdit en tant qu'entité terrorriste.


      Enfin, les activités du KKK reprennent pour le troisième fois en 1964, dans le cadre du début des mouvements pour les Droits Civiques et des contacts à ce sujet entre Martin Luther King et Lyndon Johnson, alors président des États-Unis depuis l'assassinat de Kennedy. Johnson, bien que Texan était bien connu pour être anti-ségrégationniste, bien plus actif à cet égard que le fut Kennedy. Il abolit les lois Jim Crow. Les enfants noirs, notamment, ont dès lors le droit de fréquenter le mêmes écoles que les enfants blancs. La haine des suprémacistes blancs du sud se réveille. Les assassinats reprennent, celui d'un fermier anti-ségrégationniste dont la maison est incendiée, quatre petites filles tuées par bombe alors qu'elles répétaient pour une chorale, trois jeunes militants anti-ségrégationnistes assassinés avec la complicité de la police locale. Ce dernier crime fait l'objet du film d'Alan Parker Missisippi Burning en 1988. Dans un premier temps, Lyndon Johnson fait renforcer la présence du FBI dans le sud, notamment en Alabama et dans le Mississippi. Des arrestations ont lieu et des procès, mais les principaux responsables en sortent acquittés ou avec des peines légères. Le Sud est en faveur du KKK. Même au plus haut niveau politique, puisque de gouverneur de l'Alabama, le très infâme George Wallace s'oppose à l'abolition des lois Jim Crow, et déclare, dans un discours resté célèbre, qu'il ne reconnait qu'une chose, c'est le ségrégationnisme. Il faudra attendre l'entrée en fonction, de Bill Baxley, àgé à peine de 30 ans, comme procureur général de l'Alabama. Malgré les menaces de mort dont il fait l'objet, il est bien décidé de faire juger tous les coupables, tous membres du KKK. Un a un, les principaux responsables tombent. Cela durera jusque dans les années 1980, puisqu'il fait condamner Robert Shelton, alors Grand Sorcier du Klan à verser à la mère d'un enfant lynché par le Klan en 1981, la somme de 7 millions de dollars. Le KKK ne dispose pas de la somme et doit vendre la plupart de ses actifs, notamment des immeubles. Bill Baxter a réussi à ruiner le Klan, et celui-ci cesse d'être une entité importante. Aujourd'hui, ça et là, certains se réclament encore du Klan, mais de façon très sporadique, par contre l'héritage du KKK demeure, au travers de multiples organisations d'extrême-droite, suprémacistes blancs et néo-nazis. Les émeutes de Charlottesville en 2017 et l'assaut du Capitole en jannvier 2021, dans ce que je persiste à penser être une tentative de coup d'état de Trump, en témoignent. 

      Tous ces éléments sur l'histoire des trois Ku Klux Klan sont très bien décrits dans la série documentaire "Ku Klux Klan, une histoire américaine" du documentariste David Korn-Brzoza, qu'on peut se procurer dans la boutique d'Arte au prix de 9,99 €.

      Ils sont également très bien décrits dans le documentaire "The Ku Klu Klan, from the civil war to Charlottesville" repris ci-dessous qui offre aussi l'avantage de montrer le passage du KKK au monde MAGA de Trump. Ce documentaire a toutefois été réalisé en 2022 après le premier mandat de Trump. Aujourd'hui, au cours de la seconde année de son second mandat, les choses sont très différentes. Trump a appris, il est revenchard et dangereux. De plus, ce marchand de briques semble agir politiquement uniquement pour s'enrichir, lui et sa famille. Sa base MAGA semble se détourner de plus en plus de lui, mais il n'en a cure. Ces ploucs ne l'intéressent plus. Aujourd'hui, il s'est tourné vers les milliardaires de la tech qu'il a mis dans sa poche, et il contrôle le Pentagone, donc l'armée, en ayant mis un des pires néo-nazis d'Amérique à sa tête. Il contrôle le commerce, il contrôle la Cour Suprême, et la plupart des institutions qui pourraient lui mettre des bâtons dans les roues, comme la CDC, par l'intermédiaire de ce connard de Bob Kennedy Jr, anti-vax et vil opportuniste. Et il contrôle la plupart des agences gouvernementales en matière d'environnement. Il se fout de la Constitution, du Congrès et de la séparation des pouvoirs. Néanmoins, on peut être sûr qu'il fera le maximum pour enrayer les élections de mi-mandat qui risquent de lui faire perdre de contrôle de la Chambre et peut-être du Sénat. Déjà aussi, on le voit mener une politique expansionniste digne des pires heures de Richard Nixon et d'Henry Kissinger. Lui et ses sbires soutiennent ouvertement les partis d'extrême-droite européens. Que les Américains se préparent, un coup d'état en 2028 est vraiment de l'ordre du possible.


    • Maintenant, abordons un chapitre, qui, à mes yeux est de première importance, car il a conditionné tout le reste. Je l'ai dit d'entrée de jeu, j'ai une aversion profonde pour le colonialisme, autant que pour le racisme. Le premier entrainant très souvent le second. DE QUEL DROIT CES COLONS BRITANNIQUES ÉTAIENT ÉTABLIS SUR DES TERRES QUI NE LEUR APPARTENAIENT ABSOLUMENT PAS !
      Je pense qu'il est inutile de rappeler la découverte accidentelle du continent américain par le navigateur génois Cristoffa Combo. Si cela n'avait pas été lui, ç'aurait été un autre, probablement à un moment très rapproché. Car l'évolution de la marine à voile intercontinentale lançaient des explorateurs à travers le monde pour le compte des puissants : les Espagnols, les Portugais, les Néerlandais, les Anglais et les Français.

      Tout ne devenait pas colonie pour autant. Surtout dans les contrées très éloignées. Les Portugais ont longtemps fait commerce avec les Molluques, un des très rares endroits où on trouvait des clous de girofle, sans en annexer le territoire. Magellan, pour le compte de l'Espagne, à laquelle le Traité de Tortesillas de 1494 avait accordé l'exploration de la moitié occidentale du globe, s'y est d'ailleurs laissé avoir. Après un long périple qui le fait contourner l'Amérique par le sud et traverser pour la première fois l'Océan Pacifique (qu'il nommera ainsi car il y trouve une mer d'huile après la tempétueuse traversée du détroit qui porte son nom), il arrivera aussi aux Molluques pour s'apercevoir qu'il a franchi le méridien fatidique et se trouve en eaux d'explorations portugaises. Il n'empêche que, si loin que cela soit, les Néerlandais avec leur brillante compagnie des Indes, feront des îles indonésiennes leur principal empire colonial, avec le sud de l'Afrique, une des Guyanes et quelques îles des Açores. Quant aux Français leur vaste colonie d'Amérique du Nord fera long feu. Il faut reconnaître qu'ils y ont été plus inspirés par l'esprit d'exploration, d'échange et de commerce que par une réelle volonté de se considérer en pays conquis. Ces explorations françaises, on les doit surtout à Jacques Cartier qui découvrit l'embouchure du Saint-Laurent et le remonta jusqu'aux Grands Lacs, puis à René-Robert Cavelier de la Salle qui découvrit notamment les chutes du Niagara, puis le Mississipi qu'il descendit jusqu'à son embouchure dans le golfe du Mexique. Il dédiera les terres qu'il a explorées à son roi, Louis XIV, en les nommant du nom de "Louisiane". Ce à quoi, Louis XIV répondit que cela fut « fort inutile et qu’il faut dans la suite empêcher de pareilles découvertes ». La Salle, très peu soutenu par la France, finira d'ailleurs assassiné dans des conditions jamais clairement élucidées. Mais il avait mis à la disposition de la France un territoire de 8 millions de km2, soit un tiers de la superficie de l'Amérique du Nord. Les Français ne coloniseront jamais réellement cet énorme territoire. Ils y seront toujours très peu nombreux, auront dans la majorité des cas des relations cordiales avec les Amérindiens avec lesquels ils commerçaient. Ils y faisaient principalement le commerce de fourrures, ce qui était dans l'intérêt des deux parties, mais jamais extrêmement rentable. Pour financer sa conquête sanglante de l'Europe, Bonaparte a d'ailleurs fini, en 1803, par revendre ce vaste territoire pour une croûte de pain (3 cents d'Euro l'hectare) aux colons britanniques, qui avaient commencé leur conquête et leur massacre des Amérindiens, ceux qui étaient les véritables habitants de ces terres, depuis 20000 ans, et qui eux ne les avaient volées à personnes, puisqu'avant eux, l'homme n'y avait jamais mis les pieds. Tu vois Zemmour, tu vois Hegseth, ça c'était le VRAI GRAND REMPLACEMENT. Allez vous rhabiller !

      Donc, dès avant la déclaration d'indépendance, Jefferson, l'esclavagiste maître absolu de 600 âmes avait déjà déclaré que de ces sauvages indiens, il n'y avait rien à tirer de bon, car ils étaient tous des sauvages sanguinaires juste bons à exterminer. Mais pas à réduire en esclavage, puisque le traité de Valladolid avait décrété, après moultes discussions entre très peu savants écclésiastiques que les indiens avaient un âmes, et qu'on ne pouvait donc pas les réduire en esclavage. C'est d'aileurs à partir de ce traité qu'on se tourna vers la traite des Africains, qui eux, c'était impossible de par leur couleur satanique, ils ne pouvaient à coup sûr pas posséder d'âme. C'est comme cela que ça marchait chez les gens épris d'un bon esprit chrétien. Toujours la main tendue qu'ils sont ces bons chrétiens, mais pour qu'on y dépose des sous.

      Donc, à partir de la défaite française à la guerre de sept ans, la rive gauche du Mississippi est passée aux Anglais. Le Kentucky appartenait déjà aux sept colonies. C'était en fait une extension de la Virginie à l'époque. Mais donc, comme les colons "patriotes" avaient promis aux gueux qui acceptaient de les suivre, qu'ils recevraient des terres, ils ont pu aller s'installer de l'autre côté des Appalaches, au mépris, bien entendu, des Cherokees et des Creeks au sud et des Iroquois au nord. Ces "patriotes" avaient décrété que tout ce qui se trouvait devant eux était désormais La Patrie. God Bless America !
      D'ailleurs, il fallait faire place nette. Il fallait étendre notre Lebensraum ! D'abord, ces Espagnols nous emmerdent. Ils occupent un vaste territoire que nous voulons pour nous. Nous n'avons rien à foutre ici ? D'accord. Mais eux non plus. Allez zou, foutez le camp de Floride, du Texas, des Territoires du Nouveau Mexique, et SURTOUT de la Californie. Il court le bruit qu'on y trouve de l'or. Quoi ? Bien sûr que ça nous intéresse. On vous envoie la cavalerie dans les gencives. Et aussi Zorro tient, tant qu'on y est. Allez, on a la Floride, le Texas, et la Californie. La Californie, ça a été un peu plus difficile, car il fallait y aller par des chemins tortueux, en chariot, à partir d'Omaha ou d'Indpendence, sur le Missouri. Et puis, il y avait ces saloperies de méchants indiens qui nous faisaient des ennuis, car ils n'aimaient pas qu'on passe sur leurs terres et qu'on les occupent. Mais on avait des appuis, la cavalerie des colonisateurs faisait des carnages. Et puis déjà quand même on avait pu profiter d'un avantage non négligeable, comme d'ailleurs les Espagnols et les Portugais du Mexique jusqu'en Terre de Feu. Ces cons d'Indiens ne connaissaient ni la variole, ni la grippe, ni le choléra, ni le thyphus. On le leur fit bien voir ! Depuis déjà la première fois que Tonton Cristobald a débarqué sur Cuba et puis sur Hispaniola, lui et ses mousaillons, qui avaient vachement la trique après autant de semaines en mer, se sont disons "mélangés" à la population. Surtout aux femmes, qu'ils ont du un peu forcer. Mais c'est de bonne guerre, non. La variole et autres joyeusetés ont exterminé en moins de deux siècles 90% de la population amérindiennes qui vivaient là depuis 20.000 ans et qui y avaient construit des civilisation évoluées comme les Incas, les Mayas et les Aztèques. Pas étonnant qu'en moins de 40 ans après Cristobaldo, Cortès d'un côté et Pizarro de l'autre, aient anéanti les Empires Aztèque pour l'un et Inca pour l'autre, pillant toutes leurs richesses au passage. Ils étaient tous malades !
      Bon, il faut reconnaitre qu'en échange, les viols des femmes amérindiennes leur ont quand même aussi flanqué la chtouille. La syphilis a été observée pour la première fois sur un navire de Colomb en rade de Barcelone en 1493, puis s'est rapidement répandue en Europe via Naples, alors territoire espagnol. Elle a fait des ravages surtout au XVIIIe et XIXe siècles, avant qu'on ne commence à parvenir à la soigner au début du XXe siècle, comme ce fut le cas pour la danoise Karen Blixen.

      Mais bon, pour les amérindiens, ce fut une autre paire de manches, si bien qu'on se demande aujourd'hui si c'est la peste du XIVe siècle ou la variole du XVIe siècle chez les Amérindiens, qui a été l'épidémie le plus meutrière de mémoire d'homme.

      Bien, toujours est-il que dans un premier temps, ils ont envahis les terres indiennes situées au delà des Appalaches, et ont créé les états de l'Ohio, du Kentucky, du Tennessee, de l'Indiana, du Michigan, du Wisconsin, de l'Illinois, de l'Alabama, du Mississippi. Le 22 février 1819, un accord diplomatique, le Traité d’Adams-Onís officialise le transfert de la Floride de l’Espagne aux États-Unis. Cet événement méconnu marque un tournant dans l’histoire hispano-américaine, révélant les tensions coloniales et les stratégies géopolitiques du XIXᵉ siècle. En pleine guerre entre les colons espagnols et les colons américano-britanniques, l'Espagne accepte de céder la Floride. C'était un territoire peu peuplé et surtout contrôlé par les Indiens séminoles. Ceux-ci étaient en opposition ouverte avec les deux parties. Normal : ils étaient les seuls à être vraiment chez eux. De plus, voisins de la Géorgie, ils recueillaient les esclaves qui s'échappaient des colonies du sud et les traitaient comme leurs frères. La colonisation avançait, à grand renfort de cavalerie, de massacres et d'appropriation de terres indiennes, avec en outre des colons comme Benjamin Franklin et George Washington, qui s'enrichissaient comme promotteurs fonciers. Et dès 1820, ils étaient déjà du nord au sud arrivés aux rives du Mississippi. Évidemment, ces vandales, dans leur soif de conquête et de profit ont bousillé tout ce qui sert de moyen de subsistance aux Amérindiens, en particulier les bisons, dont les autochtones ne retirent pas uniquement la viande, mais aussi les peaux, qui leurs sert à la fabrication de leurs vêtements, de leurs mocassins, de leurs couvertures, de leurs abris, et dont même les os sont utilisés pour les outils, les armes, et jusqu'aux épingles pour nouer leurs vêtements. Ces colons WASP n'avaient aucun scrupule. Ils n'en ont pas d'avantage aujourd'hui.

      Et quid de la Floride ? Les Séminoles étaient en réalité un ensemble de tribus, la plupart fuyant l'avance des colons "patriotes" blancs des colonies américaines du sud. Notamment les Creeks. On l'a mentionné, il y avait de nombreux esclaves en fuite parmi eux. Par ailleurs, la Floride occidentale qui bordait au nord, le golfe du Mexique était un enjeu stratégique, car cette terre reliait le sud de la Géorgie à la Nouvelle-Orléans, contrôlée par les Espagnols, qui contrôlaient dès lors l'embouchure du Mississippi, bien que tout le reste du Mississippi et toute la Louisiane soit maintenant dans les mains des colons "patriotes" depuis qu'ils l'avaient achetée à vil prix à Bonaparte en 1803. Dans le sud, les colons "patriotes" n'avaient donc pas d'accès à la mer. Les attaques des Séminoles dans ces territoires leur donnait du fil à retordre. C'est alors que l'infâme général Andrew Jackson, futur 7e président des États-uniens autoproclamés, envahit la Floride avec une armée de 4000 hommes, et sur son passage, massacre Indiens et Noirs. Le traité de Adams-Onis est signé ensuite en 1819, attribuant la Floride aux États-uniens, en échange du tracé (euh ... soi-disant définitif) d'une frontière laissant les territoires du Texas, du Nouveau-Mexique et de la Californie aux colons espagnols du Mexique. Andrew Jackson fut honoré par les colonisateurs états-uniens pour cet odieux fait d'armes. James Monroe était alors le 5e président, celui-là même de la doctrine Monroe interdisant aux Européens d'intervenir dans les affaires de ces colons WASP voleurs de terres amérindiennes, et déclarant leur neutralité en politique étrangère (ce qui aura un impact jusqu'au moment des deux guerres mondiales). John Quincy Admas lui succéda (le fils de John Adams). Il ne fit qu'un seul mandat de 4 ans, car la popularité d'Andrew Jackson était telle auprès des petites gens, les nouveaux petits propriétaires terriens de l'expansion vers l'ouest, qu'il flattait par une approche populiste anti-système (on retrouve un peu Trump, non ?) que John Quincy Adams fut balayé aux éléctions de 1829. Le paysage avait bien changé à l'ouest des Appalaches. Au lieu des vastes étendues dans lesquelles on pouvait se déplacer librement, le territoire était de plus en plus clotûré. Les petits colons, venus d'un peu partout se voyaient octroyer des terres amérindiennes par les promotteurs fonciers, terres pour lesquelles ils recevaient un titre de propriété. C'était évidemment du pillage pur et dur. Ces petits colons savaient que l'attribution de leurs terres étaient directement liées à l'argent généré par les gros propriétaires terriens, qui eux aussi se déplaçaient de plus en plus vers l'ouest, notamment le Tennessee, dont Jackson lui aussi esclavagiste, avait d'ailleurs été le sénateur. Les petits colons du sud, bien que ne détenant pas d'esclaves, étaient donc aussi partisans de l'esclavage. Mais fatalement, cette politique de peuplement finissait par limiter leur Lebensraum (leur espace vital). Ne vous en faites pas bonnes gens, votre bon président, le plus grand, le plus merveilleux que les pilleurs "patriotes" aient connus (enfin, avant que Trump n'arrive !) est là pour vous apporter la solution. Jackson décide, dès 1830, de déporter tous les Amérindiens des états de la côte est au-delà du Mississippi. Enfin, ça a été voté par le Congrès et entériné par Jackson. Cette loi porte le joli nom de Indian Removal Act (vous ne trouvez pas que ça sonne un peu comme Solution finale ?). C'est le plus odieux des crimes contre l'humanité perpétré durant cette colonisation de peuplement, qui s'est accompagnée du génocide des Amérindiens. Cette loi vise principalement les Cherokees, les Creeks, les Chickasaws, les Choctaws, et les Séminoles communément appelées les « 5 tribus civilisées » du fait de leur volonté d’intégration. Les Choctaws sont déplacés en 1831, les Creeks en 1836, les Chikasaws en 1837. Le déplacement de 20.000 Cherokees, en 1838, se fait dans des conditions épouvantables. Près de 4.000 trouvent la mort le long du parcours, baptisé « piste des larmes » du fait de l’indignation provoquée dans une partie (mais une partie seulement) de l’opinion américaine. La résistance des Séminoles, en Floride, permet à certains d’entre eux d’éviter l’expulsion. Les Amérindiens expulsés devront tous s'établir dans un territoire à l'ouest du Mississippi, près de la frontière mexicaine (du moins celle décidée à l'époque dans le traité Adams-Onis), territoire qui correspond aujourd'hui à l'Oklahoma.

      Grâce aux énormes revenus tirés des cultures, principalement du coton, grâce à la main d'oeuvre gratuite fournie par l'esclavage, grâce au développement de la marine marchande new-yorkaise, et aussi à l'or qui commence à arriver de Californie, les intrus "patriotes" peuvent très facilement développer leur industrie dans les villes du nord, New-York, Boston, Philadelphie, Chicago. Et surtout le chemin de fer. Invention de leur mère patrie, la Grande-Bretagne, en 1811 et dont la première ligne commerciale d'Europe a été ouverte en Belgique entre Bruxelles et Malines (le roi Léopold Ier était l'oncle de la reine Victoria). Trois lignes transcontinentales vont se construire : l'Union Pacific, de Chicago à San Francisco, la Northern Pacific (Chicago-Seattle) et la Southern Pacific (Nouvelle-Orléans - Los Angeles).

      Dans ce contexte, les distances augmentant rapidement, une invention allait aussi s'avérer capitale. Celle du téléphone par le Florentin Antonio Meucci. Oui, oui : c'est bien lui l'inventeur. Et pas Alexander Graham Bell. Le Congrès américain finira par le reconnaître, mais bien plus tard, en 2002 seulement. Conscient de l'intérêt de son invention, Meucci, qui a créé le premier prototype du téléphone en 1850 part s'installer à New York où il fonde une société et améliore le procédé. Il dépose un brevet en 1871, mais les brevets coutant cher, il ne prend qu'un brevet provisoire, renouvelable, mais qu'il ne renouvelera pas. En 1874, il contacte Graham Bell à la Western Union, la société qui est en charge des transmissions télégraphiques, en étant persuadé que son invention serait des plus utiles, le territoire s'étendant à grande vitesse, et les communications télégraphiques internationales squi se développent également. Mais il ne reçoit aucune réponse de Bell. Mais deux ans plus tard, en 1876, Bell dépose son brevet. Convaincu de s'être fait voler son invention, Meucci lui intente un procès. Le procès dure jusqu’en 1889, date à laquelle la mort de Meucci met fin aux procédures, sans que la paternité de l'invention du téléphone ne lui soit reconnue. Encore un coup dont les Americains sont friands. Aujourd'hui, ils ont plutôt pris l'habitude de racheter des petites start-up pour leur piquer les brevets, quitte à liquider ces petites entreprises immédiatement après.

      Expansion vers l'Ouest

      Mais pour en arriver là, il fallait avant tout renier le traité conclus avec l'Espagne. Les territoires de l'Ouest attribués à l'Espagne en 1819 par le traité d'Adams-Onis ne sont d'ailleurs plus considérés comme espagnols depuis 1821. Puisque les descendants des massacreurs des Aztèques et des Mayas font comme les colonisateurs britanniques avant eux : ils se déclarent indépendants et se font appeler "les Mexicains", nom que ces gens ont eu l'outrecuidance d'emprunter au nom aztèque Mexitli, l'endroit où fut construit la capitale aztèque de Tenochtitlan, et qui semble avoir signifié "la maison sous la Lune". 

    • Guerre ammericano-mexicaine.
      Ces deux peuples colonisateurs vont se livrer une guerre entre 1846 et 1848, qui aura comme prémices la révolte de l'état mexicain du Texas en 1836, qui se proclame république indépendante, laquelle, avec son accord, et après vote du Congrès américain est annexée aux États-Unis en 1845 et devient le 28e état américain. Le Mexique, après son indépendance, avait en effet accepté, voire incité des colons américains à venir s'installer sur les terres texanes et donc d'y obtenir un droit de propriété. Cet état du nord du Mexique était en effet très peu peuplé jusque là. Mais les colons hispaniques y étaient régulièrement la cible d'attaques des Comanches, un peuple amérindien chasseur-cueilleur jusqu'au début du XVIIIe siècle, qui se dénommaient eux-mêmes Numunuh (« le peuple »), et qui occupaient les grandes plaines du centre de l'Amérique du Nord. Devenus progressivement éleveurs nomades, leurs besoins en chevaux les font se diriger vers les territoires du Nouveau-Mexique (le nord du territoire espagnol, comprenant le Texas), là où ils avaient plus de chance de pouvoir en échanger avec les Appaches ou les Hispaniques par le commerce ou le pillage.

      Les colons américains deviennent de plus en plus nombreux au Texas, jusqu'à y devenir majoritaires, y refuser (encore !) de payer leurs taxes aux Mexicains et y déclencher une révolution se terminant donc par le rattachement aux États-Unis en 1845. Le Texas, à ce moment ne représente qu'environ la moitié est du Texas d'aujourd'hui et ne descend pas jusqu'au Rio Grande, appelé Rio Bravo ou Rio del Norte par les Mexicains, mais seulement jusqu'au petit fleuve Rio Nueces, à environ 260 kms plus au nord. Les Américains tentèrent ensuite des négociations avec les Mexicains pour leur racheter le reste des territoires du Nouveau-Mexique. En vain. Pour tenter de forcer la main aux Mexicains, le président James Knox Polk, 11e président des États-Unis, élu en décembre 1844, envoya le général Zachary Taylor (futur 12e président), construire un fort sur les rives du Rio Grande, près de l'embouchure. Il l'appelle Fort Texas. Les États-Unis de Polk, Congrès inclus, prétendront toujours que selon eux le Texas s'étendait jusqu'au Rio Grande, ce qui était faux. Le 25 avril 1846, le capitaine Thornton est envoyé en patrouille, avec 63 dragons, le long du fleuve avec mission d'inspecter les endroits de passage possibles des Mexicains. Ils tombent sur une armée de 2000 Mexicains. Se font évidemment tirer dessus dans ce que Taylor déclarera mensongèrement être une embuscade et 11 dragons seront tués. Affirmant que les Mexicains ont franchi la frontière, Polk a obtenu la provocation qu'il cherchait et tient ce qu'il déclare être un casus belli (une cause de guerre).

      James Knox Polk est un ancien gouverneur du Tennessee. Il est membre du Parti Démocrate, alors un des deux grands partis de l'époque avec le Parti Whig. Les Démocrates dominent principalement le sud et les Whigs, les zones industrielles du nord. Les Démocrates sont en faveur d'une extension aussi large que posible du territoire vers l'Ouest et sont majoritairement esclavagistes. Polk lui-même a été propriétaire d'esclaves jusqu'à la fin de sa vie et en utilisait même jusque dans la Maison Blanche. Presbytérien, il croyait dur comme fer à la « destinée manifeste », une idéologie des White Anglo-Saxon Protestants selon laquelle la conquête de l'Ouest était une mission divine civilisatrice. Comme quoi, il n'a pas fallu attendre Trump pour avoir des fous-furieux à la Maison Blanche. Le déclenchement de la guerre contre les Mexicains entraient totalement dans cette idéologie. Les Whigs pour leur part, étaient beaucoup plus réservés et considéraient pour la plupart qu'après le rachat de la Louisiane à la France, le territoire des États-Unis était largement assez étendu. Abraham Lincoln, alors membre du Parti Whig (avant de rejoindre le nouveau Parti Républicain en 1854) et représentant de l'état de l'Illinois s'enquéra d'ailleurs de l'endroit où l'embuscade du bataillon de Thornton avait eu lieu. Il contesta les allégations de Polk, ainsi que ses tentatives de rachat des territoires du Nouveau-Mexique et de Californie. La question de l'esclavage devenait de plus en plus brulante. Les Whigs y étaient majoritairement opposés et craignaient que toute extension de nouveaux états du sud vers l'ouest, s'accompagne également d'une expansion de l'esclavage.

      Comme le veut la Constitution, Polk sollicite donc du Congrès l'approbation de rentrer en guerre. Les Démocrates votent pour à une écrasante majorité. Et seuls 14 Whigs s'y opposent, dont Abraham Lincoln. La guerre est donc déclarée le 13 mai 1846. Je n'en discuterai pas des détails ici. On peut en trouver une abondante littérature. Pour ne citer que les faits essentiels, l'annonce de la déclaration de guerre parvient en Californie, déjà abondemment peuplée d'Américains, qu'en juillet 1846. Néanmoins, les choses y évoluent très vite. Tout commence par la rébellion des Américains de la ville de Sonoma au nord de la Haute-Californie, qui reçoit les renforts de John Charles Frémont, un militaire explorateur qui était en partance pour l'Orégon. Le reste de la conquête est organisée par des officiers de marine. Tout d'abord John Drake Sloat qui s'empare de San Francisco puis par Robert Field Stockton qui termine la conquête et qui s'emparent de Los Angeles le 10 janvier 1847, conduisant à la capitulation de la Haute-Californie trois jours plus tard. Au sud du Rio Grande, deux armées américaines vont participer à la capitulation du Mexique. Celle de Zachary Taylor au nord, parti de Fort Texas, qui prend Monterrey (avec deux "r", à ne pas confondre avec Monterey en Californie) puis Buena Vista. Et au sud, le général Winfield Scott débarque à Veracruz le 9 mars 1847 et s'empare de Mexico City le 14 septembre 1847, ce qui met fin à la guerre et donne lieu au traité de Guadalupe Hidalgo signé le 2 février 1848, par lequel le Mexique cède aux États-Unis les territoires qui deviendront le Texas, la Californie, l'Utah, le Nevada, le Colorado, le Nouveau-Mexique, l'Arizona et le sud-ouest du Wyoming, soit la moitié de leur territoire, pour 15 millions de dollars de l'époque, soit environ 1 milliard de dollars d'aujourd'hui (2026). À ces nouveaux états, il faut ajouter le territoire de l'Orégon, aujourd'hui Orégon et Washington, achetés aux Britanniques, fixant ainsi la frontière avec le Canada, et terminant la conquête du territoire.

      Du côté des colonisateurs anglo-saxons, la victoire contre le Mexique est globalement acclamée et renforce le sentiment d'unité nationale. Même dans le parti Whig, peu nombreux sont ceux qui réprouvent cette conquête. Abraham Lincoln est de ceux-là. On l'a dit, les Whigs du nord craignent une expansion de l'esclavage dans ces nouveaux territoires. Il y a quelques tentatives infructueuses d'interdire l'esclavage dans les nouveaux territoires de l'Ouest. Finalement il est décidé en 1850 de laisser la liberté à chaque nouvel état d'opter pour ou contre l'abolition de l'esclavage. Globalement, les nouveaux territoires resteront abolitionnistes, malgré des tentatives des états du Sud d'annexer le Nouveau-Mexique (qui sera plus tard scindé en Nouveau-Mexique et Arizona) lors de la guerre civile. C'est ainsi que les états confédérés resteront au nombre de onze, de la Virginie au Texas. Mais l'histoire de cette période montre que les tensions autour de l'esclavage dans les nouveaux territoires du sud ont attisé la volonté du Sud de faire sécession. La guerre americano-mexicaine a été le prélude à la guerre civile de 1861-1865. Le chef des armées nordistes, Ulysses Grant, devenu 18e président des États-Unis en 1869, l'exprima ainsi dans lses mémoires : 

      « La rébellion du Sud fut l'avatar de la guerre avec le Mexique. Nations et individus sont punis de leurs transgressions. Nous reçûmes notre châtiment sous la forme de la plus sanguinaire et coûteuse guerre des temps modernes. »
    • La conquête du territoire par les White Anglo-Saxon Protestants est maintenant complète de l'Atlantique au Pacifique, en ayant largement profité de l'esclavage et en s'étant rendu responsables du génocide des Amérindiens. Les Amérindiens ne pouvaient évidemment pas être heureux que ces colonisateurs sans scrupules leur volent leurs terres sur lesquelles vivaient leurs ancêtres depuis plus de 20.000 ans, et qu'ils exterminent leurs sources d'existence comme les bisons que ces ignobles tuent sans relâche pour nourrir les constructeurs des voies ferrées, et en plus, ne leur reconnaissent aucun droit, eux qui sont chez eux, et veulent les parquer dans des réserves, comme du bétail. Il y a bien évidemment eu des rébellions qui se sont organisées, malgré la disproportion des forces. C'était surtout au nord, les nations Sioux et au sud, les Appaches qui se sont affirmés le plus fermement. Les nations Sioux surtout se coaliseront, dans ce qui est aujourd'hui appelé le Montana. La rébellion des Sioux s'organise autour d'un vieux sage du nom de Sitting Bull, lors de l'approche des colonisateurs précédés par cette infâme cavalerie anglo-saxonne armée jusqu'aux dents et qui se croit tout permis (en fait, les Amerloques se sont toujours cru tout permis. Il suffit de voir comment ils ont torturé en Irak, poussant les anciens officiers de Saddam Hussein à créer ISIS). Crazy Horse est désigné à la tête d'une coalition de Sioux et de Cheyennes pour aller affronter le 7e de cavalerie dirigé par Custer, un mec qui s'est illustré dans la guerre civile. Crazy Horse leur tendra une embuscade bien ficelée, et ils extermineront Custer et ses spadassins près d'une rivière affluent le BigHorn (="mouflon"), et appelé de ce fait "Little BigHorn", les 25 et 26 juin 1876. Vine Deloria Jr, un métis, descendant d'un Français qui avait épousé une femme sioux a écrit à ce propos, en 1969, un manifeste qu'il a intitule "Custer Died For Your Sins" (Custer est mort pour expier tous vos péchés) que je reproduis intégralement ici.

      Le 26 juin est ma fête nationale américaine !
      Célébrant la victoire du 26 juin 1876, pratiquement un siècle, jour pour jour, après celle des colons esclavagistes et génocidaires.

      Malheureusement, cette victoire ne permit pas au peuple sioux d'arrêter l'envahisseur. Les méchants blancs anglo-saxons protestants se vengèrent dans ce qu'ils appellent aujourd'hui le Dakota du Sud, dans un endroit qu'ils appellent Wounded Knee. Ces monstres y ont exterminé 300 Sioux Lakotas, femmes et enfants, et leur chef Big Foot, le 29 décembre 1890, mettant ainsi un terme à la résistance indienne. La légende veut que le coeur de Crazy Horse est enterré à Wounded Knee. La nation Sioux était un grand peuple, des gens courageux. Mais cela n'a pas suffit pour bloquer les infâmes qui voulaient absolument conquérir tout le territoire amérindien. Voici une histoire de la Nation Sioux.

      Entretemps l'Alaska est ausi devenu américain en 1867, après son rachat à la Russie. La Russie elle-même ne l'avait conquit qu'en 1741, suite à son exploration par le marin danois Vitus Bering au service de l'Empire russe. Le nom Alaska vient du mot Alaasikaq qui signifiait "Grande Terre" pour les habitants sibériens des îles aléoutiennes. Il ne deviendra toutefois le 49e État qu'en 1959. Quant à l'archipel d'Hawaï, devenu 50e État, également en 1959, nous en reparlerons en abordant les États-Unis au XXe siècle.
    • Les États-Unis au XXe siècle - L'Empire Américain
      Politiquement, le vingtième siècle a commencé en 1898 pour les États-Unis. C'est l'année de la guerre hispano-américaine. L'Espagne, autrefois le plus grand empire colonial, a perdu pratiquement toutes ses colonies au XIXe siècle, surtout en Amérique latine, où elle régnait en maître depuis le XVIe siècle.  Il ne lui reste pratiquement rien, si ce ne sont quelques îles dans les Açores et en Asie.  Dans les Açores, il leur reste principalement Cuba, et en Asie, les Philippines.  La principale ressource de Cuba est le sucre de canne qu'il exporte dans le monde entier, mais ses exportations principales vont vers les États-Unis. Les États-Unis, qui ont étendu leur territoire américain au maximum, et toujours désireux d'étendre leur domination politique et commerciale visent maintenant à étendre leur emprise au-delà du territoire qu'ils se sont attribués comme nation. Ils ne disposent pas encore à l'époque d'une grande armée capable de développer une puissance terrestre. Par contre, ils disposent d'une puissance navale, à la fois commerciale et de guerre déjà très développée, ce situant juste derrière l'Angleterre. C'est donc vers les océans qu'ils envisagent de se développer. Cuba, à faible distance des côtes de Floride, devient vite une priorité. Leur industrie de la canne à sucre inonde les marchés mondiaux. Et puis, ces espagnols, ils ne peuvent pas le encaisser. Déjà, ils ne sont pas tout à fait blancs. Blanc fromage blanc, comme un bon anglo-saxon. Et puis, ce sont des papistes. Et notre protestantisme, la seule religion aimée de Dieu n'aime pas les papistes. Ils boivent du vin, même pendant leurs messes, vous vous rendez compte ? Ce sont des ivrognes ! Il ne faut avoir aucun remord à faire mordre la poussière à ces gens-là. Le problème, c'est que ces satanés Espagnols sont encore sur les deux océans. Il va falloir maîtriser tout cela, pour qu'ils ne puissent plus venir, même de loin, nous chercher des noises à Cuba. Bon, il y a encore un problème, et il est de taille : les deux océans sont séparés par le continent et passer de l'un à l'autre requiert un lond détour par le sud. On parle bien de percer un passage qui permettra la circulation maritime d'un océan à l'autre sans détour. Mais on n'en est pas encore là. Il ne faudra d'ailleurs pas oublier de s'en occuper, et assurer le contrôle de ce chantier. Théodore Roosevelt règlera cela. Mais en attendant, commençons par régler le sort de ces foutus Espagnols des Philippines, là-bas au fond du Pacifique, près des côtes asiatiques. Heureusement, à mi-distance, il existe un petit état où nous avons déjà pas mal de nos co-colonisateurs qui y sont installés et qui pourra nous servir de relais sur notre route maritime vers les Philippines. C'est un archipel peu peuplé, et c'était un petit royaume insignifiant, avec en plus une femme à sa tête, Liliʻuokalani, vous vous rendez compte ? Heureusement, on disposait là-bas de quelques riches hommes d'affaires qui l'ont déjà boutée dehors en 1893, et c'est maintenant une république que nous contrôlons. Mais bon, maintenant nous sommes déjà en 1897, et il est plus que temps, que notre président McKinley annexe définitivement cet archipel d'Hawaï. Allez zou ... voilà, c'est fait. Oh zut, on a oublié de demander l'avis des Hawaïens par référendum. Ce qui est contraire à notre belle Constitution. Bon, on n'a pas trop tenu compte de l'avis du Congrès non plus. Mais bon basta. Nos conpatriotes semblent satisfaits, et l'avis des Hawaïens, on va quand même un peu s'en foutre. D'ailleurs James Cook, le navigateur British du XVIIIe siècle avait été le premier blanc à y mettre les pieds (il y est d'alleurs mort en 1779), et il avait appelé cet archipel "Îles Sandwich". Preuve qu'elles ne demandaient qu'à être bouffées, non ?
      Donc, et là c'est moi qui parle, mais aussi un bon nombre d'historiens, l'annexion d'Hawaï en 1897, puis son rattachement en tant que 50e État de l'Union en 1959, n'a jamais été légale. Finalement Trump a peut-être raison, mais pas pour la bonne raison : Obama, né en 1961 à Hawaï, n'est pas né en terre légalement américaine. Et tout aussi légalement, il n'aurait pas pu être président de ces états désunis.
      Allons, reprenons. Depuis une dizaine d'années, on a déjà une rade sur l'île O'ahu, dans un endroit bien abrité (un "honolulu" comme ils disent, ces Hawaïens). Développons-là. On va demander aux Hawaïens de nous aider. En échange, ils ne devront pas payer de droits de douane sur le sucre qu'ils importent aux États-Unis. On va trouver un joli nom. Que pensez-vous de "Port de la Perle" ? Chouette non ? Et puis, il est si "honolulu" qu'il ne pourra jamais être attaqué. Quoi ? Qu'est-ce que vous dites ? Avec des av... ? Ha Ha Ha, comme si cette ridicule invention de ce zany French, Clément Ader, avait le moindre avenir ! Ha Ha ! D'ailleurs, jamais aucun Américain ne s'intéressera à ça ! Qu'est-ce qu'on est malins ! Ah, oui, tant qu'on y est, n'oublions quand même pas d'un peu foutre aussi le boxon à Cuba. Eux, on leur augmente de 40% leurs droits de douane sur le sucre. Quoi ? Ça va retomber sur les planteurs ? Surtout les petits ? Et bien, ils n'auront qu'à se révolter. C'est tout bon pour nos affaires.
      Allez, sus aux Philippines. Coupons d'abord leurs communications avec le reste du monde, et prenons les par surprise. Envoyons-leur notre croiseur USS Boston (le second du nom construit en 1884) et assaillons le port de Manille par surprise. Taïaut Taïaut Taïaut ! Et hop, c'est fait. Nous avons écrasé les papistes philippins... Bon, et maintenant, qu'allons-nous faire ? On se contente de Manille et son île, ou on annexe l'ensemble de Philippines ? Dilemme, car l'annexion de tout l'archipel signifie plus de troupes et d'administration bloquée sur place. Mais d'un autre côté, à quelques pas d'ici, en Chine, il y a des concesions britanniques, allemandes, russes et françaises. Et il ne faudrait pas que l'un de ces pays vienne s'emparer du reste des îles, voire nous disputer notre souveraineté sur Manille. Vous en pensez quoi, le Congrès ? On prend tout ? Allez, OK, on prend tout. Les Philippines ne deviendront indépendantes qu'en 1946.
      Bien. Une bonne chose de faite. On contrôle le Pacifique. Occupons-nous de Cuba maintenant. Il nous faudrait un prétexte pour les attaquer. Dire qu'on vient au secours des planteurs, c'est un peu gros. Nous ne sommes jamais allé au secours de personne, sauf si c'est dans notre intérêt et qu'il y a beaucoup de pognon à gagner. Oui, bon, c'est vrai que notre intérêt à Cuba, c'est principalement le sucre, et donc venir au secours des planteurs maltraités par les papistes à un sens. Mais il faut trouver un truc plus gros, plus militaire, un truc qu'on peut dire qu'ils menacent directement notre existence de protestants anglo-saxons blancs esclavagistes et génocidaires. Quoi ? Que dis-tu ? Ah Oui ! Ça c'est une chouette idée. On vient de construire les deux plus gros bateaux de notre flotte militaire qui sont tous deux dans l'Atlantique. Des cuirassés, dis ! Des gros trucs très défensifs mais aussi très attaquants. Il n'y a que le Brésil qui a su faire ça avant nous. On a appelé le premier l'USS Texas, qui se balade du côté de Rhode Island, et l'USS Maine, qui est du côté de la Floride. On envoie l'USS Maine dans le port de La Havane, et puis on fait comme les nazis ont fait avec le Reichtag en février 1933 : On le fait exploser et on l'incendie. Et on demandera à notre presse new-yorkaise, William Hearst en tête, d'inonder les États-Unis et le reste du monde d'articles annonçant (jamais confirmés et des plus douteux - note personnelle) que ce sont les papistes de Cuba qui ont fait le coup. Ça, ça nous donne un très bon prétexte d'invasion... Et ça marche ! On envahit Cuba en deux coups de cuillère à pot : sept navires, dont l'USS Texas coulent la flotte espagnole côté mer, et les Rough Riders, la cavalerie du lieutenant-colonel Théodore Roosevelt s'empare des hauteurs de Santiago de Cuba côté terre. La victoire est rapide et totale. Les Espagnols doivent reconnaître par le traité de Paris, l'indépendance de Cuba, en réalité sous contrôle américain, l'annexion américaine des Philippines et doivent en plus leur céder l'île de Guam, côté Pacifique et Porto Rico, côté Atlantique. L'Amérique devient un empire colonial avec une marine de guerre approchant celle de la Grande Bretagne. Cette guerre hispano-américaine n'a duré que quelques semaines de 1898, et en quelques semaines, ils sont devenus la seconde puissance mondiale derrière la Grande Bretagne, tout cela, du début à la fin, en se foutant complètement du bonheur ou du malheur des peuples. Mais c'est toujours ainsi avec les puissances coloniales. John Hay, encore ambassadeur américain à Londres, mais bientôt Secrétaire d'État de McKinley puis de Roosevelt a d'ailleurs écrit que ce fut "A Slpendid Little War". Ce qui résume tout de la mentalité belliqueuse des Américains qui ne s'est jamais arrêtée depuis.

      D'ailleurs, dans le même temps, notre bon Roi Bâtisseur, Léopold II se comportait aussi de façon ignoble sur le territoire qu'il s'était auto-attribué avec l'aide de l'aventurier britannique Henry Morton Stanley dans le centre de l'Afrique, à l'intérieur du bassin du fleuve Congo. Les Belges, entre le caoutchouc rouge, servant à fabriquer les pneumatiques Dunlop, et l'assassinat de Patrice Lumumba, se sont conduits comme d'infâmes crapules au Congo, et il serait plus que temps qu'ils s'en excusent officiellement, plutôt que de se limiter à de vagues regrets susurrés du bout des lèvres.
    • Theodore Roosevelt et William Howard Taft : le bâton et la banane.

      À peine élu pour un second mandat, McKinley, qui était loin d'être un va-t-en guerre, et qui avait du être fortement poussé au derrière pour qu'il déclenche la guerre hispano-américaine, se fait assassiner par un anarchiste le 14 septembre 1901. Theodore Roosevelt, qu'il avait pris comme vice-président pour ce second mandat, suite à le popularité de celui-ci en tant qu'officier vainqueur de l'annexion de Cuba, devient de facto 26e président des États-Unis.

      La politique du « gros bâton » ou « big stick policy » faire référence aux années 1901-1909, dates du double mandat de Théodore Roosevelt.

      Pourquoi « gros bâton » ? La réponse n’a pas été clairement présentée par Roosevelt. En réalité, il semble que ce soit un emprunt au proverbe africain « parle doucement et porte un gros bâton ».

      Par cette politique, les Etats-Unis s’arrogent, unilatéralement, un droit de police sur leurs voisins, et plus généralement sur l’ensemble de l’Amérique. Selon Roosevelt, la paix et la sécurité des Etats-Unis nécessitent un armement préventif et le droit d’intervenir unilatéralement hors des frontières. Cette politique apparait comme le prolongement de la doctrine Monroe, formulée en 1823. Elle est plutôt la concrétisation politique de cette doctrine : là où Monroe affirmait que l’Europe ne pouvait intervenir dans les affaires américaines (et vice-versa), Roosevelt affirme lui que les Etats-Unis peuvent intervenir là où bon leur semble.

      L’acte réellement fondateur de cette politique est la construction du canal de Panama entre 1904 et 1914. Ce projet, voulu à l’origine par Ferdinand de Lesseps et les Français, a avorté, suite à des dénonciations de corruption et de pots de vin dans la politique française. Résultat, Roosevelt reprend ce projet en main, capitalise sur son influence en Amérique du Sud, et se porte garant d’un des projets les plus importants de l’histoire de la navigation, permettant des gains de temps considérables, sans passer par le détroit de Magellan. Cette construction n‘aurait été possible sans l’aide américaine apportée au Panama dans sa lutte pour l’indépendance vis-à-vis de la Colombie.

      Cette politique du gros bâton sera abandonnée par son successeur William Taft (27e président de 1909 à 1913) dès 1910, privilégiant la « diplomatie du dollar ». Avec Taft, la domination devient plus économique : c’est l’apogée des investissements de l’United Fruit en Amérique Centrale. La politique du gros bâton renaitra. D’abord en pleine Guerre Froide, à mesure que les guérillas révolutionnaires naissent, avec certains échecs cuisants (la Baie des Cochons cubaine, par exemple). Son bras armé est la CIA, créée au sortir de la seconde guerre mondiale, qui n’hésite pas à déstabiliser ou à renverser des gouvernements sud-américains. L’exemple le plus connu est celui d’Allende en 1973. Mais n’oublions pas Goulart au Brésil en 1964, ainsi que toutes les dictatures sud-américaines de Bolivie, d'Uruguay, du Paraguay, d'Argentine qui seront progressivement mises en place dans les décennies 60-70, avec le soutien de la CIA et d'Henry Kissinger, qui sous le nom d'Opération Condor, arrêta, tortura, exécuta des milliers d'opposants et fera autant de disparus. Faut-il brûler Kissinger ?

      En tout cas, Roosevelt, sans le savoir, a jeté les bases de ce qui sera l’impérialisme américain, utilisé à maintes reprises au XXe siècle, et encore aujourd’hui. Mais l’Amérique Latine n’est plus la seule concernée, hélas. Vietnam, Afghanistan, Irak : quelques exemples d’une domination américaine, plus ou moins concertée. Et depuis Trump, c'est tout le Moyen-Orient qui passe sous leur dominnation, avec des alliés qui semblent pourtant inconciliables comme l'Arabie Saoudite et Israël, l'Iran dans la ligne de mire, et avec un mépris total de leurs vieux alliés, au point même de vouloir leur ponctionner le Groenland, voire même le Canada, et d'intervenir directement dans leurs politiques intérieures. Trump a certes toutes les apparences d'un cinglé, mais après Trump, ces gens ne s'arrêterons pas là. Ils ont commencé par se saisir d'un territoire en s'enrichissant par l'esclavage et en se développant par le génocide d'humains présents là depuis 20.000 ans. Ils ne s'arrêteront jamais. Ce sont des gens dépourvus de tout scrupule. Qui encore et toujours entretiennent la notion de race, l'omniprésence de la religion jusqu'à faire mentir leur premier amendement, considèrent que l'anglo-saxon blanc et protestant est l'élite mondiale, et qui, en corollaire de tout cela expulsent ou maltraitent les minorités, réduisent leurs droits, y compris en redéveloppant un grotesque masculinisme archaïque et en supprimant progressivement tous les droits des femmes.

      Les Etats-Unis, désormais, « parlent fort, et mènent le monde à la baguette »… On ne pourra pas leur retirer la baguette, mais il devient un devoir urgent, si on veut sauver l'humanité et les écosystèmes, de leur couper les cordes vocales !!!

      Sauf à ceux-là ...

     


     

    Détails
    Mis à jour : 26 mai 2026

    Opéra Garnier

     

    L'opéra Garnier ou palais Garnier a fêté ses 150 ans en 2025. Pendant toute l'année 2025 et jusqu'en février 2026, spectacles, festivités, expositions se sont succédés pour commémorer l'événement.

    Voulu par l'empereur Napoléon III, il a été inauguré sous la IIIe République, le 5 janvier 1875. Comme nous l'avons vu dans un article précédent, il est la treizième salle d'opéra de Paris, et l'avant dernière avant l'inauguration, en 1989, dans le cadre des fêtes du bicentenaire de la Révoliution, de l'opéra Bastille. Aujourd'hui, les deux théâtres sont regroupés au sein de la même institution publique, appelée Opéra de Paris. L'opéra Garnier constitue à coup sûr le joyau du Paris radicalement transformé sous Napoléon III sous la direction du préfet de Paris, Georges-Eugène Hausmann. Il a été localisé dans ce qui fut à l'époque le Paris nouveau, le quartier des affaires, des grands magasins et des joailliers, s'étendant vers l'ouest. Il aura pourtant fallu des circonstances très particulières, en réalité deux désastres pour que ce nouvel opéra voit le jour : d'une part l'attentat de Felice Orsini dirigé contre l'Empereur devant l'Opéra de l'époque, situé rue Le Peletier, en 1858, qui fit huit morts et 156 blessés, mais dont Napoléon III et son épouse Eugénie sortirent indemnes, a incité l'Emepereur à vouloir la construction d'un opéra plus sécurisé, et d'autre part, après la défaite de 1870 face à la Prusse, alors que les travaux sont arrêtés pendant trois ans, l'incendie soudain, et fort heureusement de nuit, de l'Opéra de la rue Le Peletier, pour que la IIIe République décide de terminer l'Opéra du Second Empire, seule solution pour que Paris puisse rapidement se pourvoir d'une nouvelle salle d'opéra.

    Après l'attentat d'Orsini, un concours est donc très vite organisé, avec des instructions précises, dont la principale est la sécurité de l'Empereur. De nombreux architectes soumettent leurs projets, mais de façon strictement anonyme. Et contre toute attente, tous les architectes de renom sont progressivement éliminés, dont certains dès le premier tour, tel qu'Eugène Viollet-le-Duc.
    Le gagnant du concours est un jeune architecte d'à peine 35 ans et quasi inconnu. Il n'a encore presque rien réalisé, mais il a quand même obtenu le Prix de Rome, ce qui lui vaut un séjour de pratiquement cinq ans à l'Académie de France à Rome, à la Villa Médicis, d'où il peut parfaire sa connaissance de l'art et de l'architecture de l'Antiquité, mais aussi de la Renaissance. Il s'y lie également avec tout un groupe de compatriotes excellant dans des arts divers, architecture comme lui, mais aussi peinture et sculpture. Ces cinq années passées à Rome auront une influence importante sur la suite de la carrière de Charles Garnier. 

    La suite, nous allons la découvrir dans le documentaire ci-dessous. J'y ai ajouté les titres des oeuvres musicales entendues en fond des commentaires, la plupart du temps des musiques d'ouvertures d'opéras. Les oeuvres graphiques illustrant les propos sont également numérotées, et sont détaillées dans un document pdf en lien sous le documentaire. Si vous préférez ne pas être dérangés par ces informations, vous pouvez désactiver l'une d'entre elles ou les deux en modifiant le choix des sous-titres.

    Un Opéra pour un Empire

    Film de Patrick Cabouat - France (2020)

    un opera pour un empire

    Les oeuvres graphiques illustrant le film

    Les photos de Louis Émile Durandelle du chantier de l'Opéra

    La signature de Charles Garnier sur le plafond de la rotonde des abonnés

    Dossier de presse de l'exposition organisée du 15 octobre 2025 au 15 février 2026 au Musée de l'Opéra

    Andrew Lloyd Webber's Musical "Phantom of the Opera" - 25 years - Royal Albert Hall, 2 October 2011

    The Phantom of the Opera, film de Rupert Julian (1925) adapté du roman de Gaston Leroux

    The Phantom of the Opera, film de Joel Schumacher (2004) tiré de la comédie musicale d'Andrew Lloyd Webber

    Le roman de Gaston Leroux (texte intégral)

    Voir aussi

    L'Opéra de Paris fête ses 350 ans en 2019


     

    Back to top