Pendant presque toute l'histoire occidentale dominée par le christianisme, les femmes n'avaient aucun droit, ni civil, ni politique. Elle étaient reléguées à l'entretien de la maison et à enfanter. De préférence sans plaisir, pour s'assurer de leur fidélité. On allait jusqu'à dire, et à écrire dans des ouvrages les plus sérieux comme l'Encyclopédie, que la femme était "utérine et molle", qu'elle était froide, et que cette froideur était utile à la conservation du sperme. Les choses ont commencé à bouger en France au moment de la Révolution, en 1789, quand les bourgeois mâles remettaient tout à plat et ont pris conscience du fossé qui les séparaient des droits usurpés par les nobles et le clergé. Mais de tous ces droits acquis en 1789-1790, les femmes étaient exclues. Un seul membre de l'Assemblée, un homme pourvu d'une grande intelligence et d'une moralité allant bien au delà du sommet de la Montagne, milita aussi pour les droits civils et politiques des femmes. Mais Condorcet était trop isolé. Il le paiera de sa vie en 1793, lors du massacre de ses amis brissotins par la crapule montagnarde.
Quelques femmes prendront conscience de l'injustice de la situation et profiterons du moment pour revendiquer leurs droits à l'égalité. Certaines autres n'iront pas jusque là, mais participerons à faire avancer les idéaux révolutionnaires. Parmi celles-ci, les militantes féministes Olympe de Gouges, Etta Palm et la liégeoise Anne-Josèphe Terwagne, affublée par les royalistes du sobriquet de Théroigne de Méricourt. Et aussi Claire Lacombe, Pauline Léon, Manon Roland, Louise Reine Audu et même Louise de Keralio.
Tout leur restera interdit. Seules concessions, le droit d'assister aux débats de l'Assemblée, d'assister à des fêtes publiques et de former des clubs de femmes (droit qui leur sera très vite supprimé), et sous le règne du très réactionnaire Bonaparte, l'homme qui a mis l'Europe entière à feu et à sang, elles devront rentrer dans le rang et redevenir celles qui ne s'occupent que de leur foyer et du bien-être de leur mari.
Le documentaire ci-dessous raconte ces femmes des années de la Révolution. Ce n'est pas une biographie minutieuse. À plusieurs moments, on y trouve des petites entorses à la réalité historique. Par exemple, Anne-Josèphe Terwagne n'a pas rejoint le cortège de femmes venues exiger du pain à Versailles et qui ont fait se déplacer Louis XVI aux Tuileries. Elle était à la tribune de l'Assemblée. Pour plus de précisions, il faut se référer à des biographies récentes et sérieuses. Mais je publie ceci car je prépare une étude sur les femmes qui ont milité pour leurs droits à travers le monde, ou pour le droit des minorités. Ainsi que celles qui ont bravé l'interdit en pratiquant des profesions supposées être réservées aux hommes.
Il faudra plus de 150 ans pour que les femmes françaises acquissent enfin des droits civils et politiques. Elles ont voté pour la première fois aux municipales le 29 avril 1945 et aux législatives, 6 mois plus tard, le 21 octobre 1945. À cette occasion d'ailleurs, 33 femmes ont été élues députées. Il aura fallu attendre deux autres révolutions, deux nouvelles monarchies, deux empires, trois républiques et deux guerres mondiales pour enfin y arriver.
